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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 05:52

Un crack du verbe

 

À 23 ans, Bryan Merel rappe sous le pseudonyme de « Fiosoma ». Habité par la culture hip- hop, ses influences sont hexagonales et américaines sur fond de décors locaux. Il veut faire de sa passion, la musique, une entreprise profitable. Récit du parcours d’un autodidacte qui a parfois flirté avec l’illégalité.

Fiosoma, « Only the best rises to the top » peut-on lire à son encolure, gravé à l’encre de Chine. (Photo Cécile MOUTIAMA).

Fiosoma, « Only the best rises to the top » peut-on lire à son encolure, gravé à l’encre de Chine. (Photo Cécile MOUTIAMA).

Jeans de la tête aux pieds, chaussé des indémodables Stan Smith d’Adidas, lunettes Ray-ban, casquette vissée et tatouage apparent, Fiosoma soigne son style. Outre ce goût prononcé pour la mode, l’artiste a l’amour des mots et de la musique. « J’étais en section littéraire et j’aimais la poésie. J’ai des poèmes qu’un jour j’aspire à publier».

Cadet d’une fratrie de trois enfants, il caresse l’ambition d’être un artiste, ce qui n’est pas du goût de ses parents. Laetitia et Pascaline, ses sœurs, ont quant à elles embrasser des carrières plus conventionnelles. L’une dirige « Serial media communication » qui édite les magazines  Planet multimédia  et  Planet z’animos. Tandis que l’autre gère une plateforme pôle emploi en métropole. Inutile de préciser que l’espérance est grande pour le petit dernier.  « J’aimerais bien te voir défiler pour Saint-Cyr » projette sa maman en regardant le défilé du 14 juillet. Mais Bryan préfère vagabonder dans les chemins de la Plaine Saint-Paul en compagnie de ses amis. Leur passe-temps : fumer du cannabis et en vendre. « J’étais dans un engrenage avec des œillères » admet-il aujourd’hui. L’école n’est pas sa priorité et il décide de quitter la terminale littéraire à quelques marches du bac.

On imagine l’éloquence dont il a dû faire preuve pour convaincre sa maman retraitée de la poste et son papa ancien cheminot et salarié dans une assurance. Aujourd’hui âgés de 60 et 64 ans respectivement, ils ont pourtant, à l’époque, multiplié les rendez-vous avec le CPE du lycée. Mais leur fils assume ses choix. « Tout le monde me donnait perdant » se glorifie-t-il  à présent, au vu de sa notoriété grandissante. Avant d’admettre avec du recul qu’il « aurait quand même pu concilier études et musique ».

D’abord à Saint-Benoît puis à Sainte-Marie c’est enfin à Saint-Paul que la famille s’installe. Bryan y grandit depuis le collège. C’est là aussi qu’il tourne des clips et tente de promouvoir à sa manière sa culture réunionnaise. Métis par son père métropolitain, il préfère sciemment s’exprimer dans la vie comme dans le chant en français voire en anglais. C’est avec ce même aplomb qu’il n’hésite pas à refuser un contrat pour un label londonien par volonté de garder le contrôle sur ses affaires. Pas de place pour le hasard : « Je ne peux pas me reposer sur mes lauriers, pour créer de la demande et je m’en donne les moyens». Photographe, ingénieur son et compositeur l’entourent pour faire de lui Fiosoma.

 

Productif

 

Personnage médiatique grâce aux réseaux sociaux qu’il maîtrise parfaitement pour faire son autopromotion, il a plusieurs projets musicaux à son actif. « Marie Jeanne Chronics », un album sur le cannabis, illustre bien sa volonté de faire passer des messages. En connaissance de cause, il met en garde les dangers que peut représenter cette substance « aux vertus aphrodisiaques » lorsqu’elle est mise dans les mains des non initiés.

 « Au début j’ai vendu des stupéfiants pour produire ma musique » confesse-t-il sans fierté. Il peut désormais compter sur les royalties – redevance – qu’il retire de la diffusion de ses titres sur de multiples plateformes locales, nationales et internationales. Et puis, affirme-t-il, le labeur ne lui fait pas peur, il ne rechigne pas désormais à travailler comme vendeur de vêtements, dans la restauration ou dans la distribution de magazines.

Fiosoma souhaite aussi se diversifier en produisant sa marque de vêtement fabriquée en France. De sa voix de stentor, il constate que même si le coût est plus important, il en ressortira un certain cachet. Il se dit également fier d’être français et assure garder la tête froide face à sa médiatisation. Résumé de sa ligne de conduite : « Savoir profiter des bénéfices de la notoriété mais aussi fournir des efforts pour rester au top et contenter le public ».

Serait-il un rappeur de plus qui s’intègre au système ? Il se considère au contraire comme lucide et toujours critique. Il fustige par exemple l’attitude de certains jeunes « qui dans le bus se contentent d’écouter Kaf Malbar, Gradur, et Kaaris diffusés sur Exo fm » sans chercher à découvrir d’autres univers musicaux.

Enfin il délivre sa péroraison – conclusion sentimentale – en évoquant sa relation avec sa copine étudiante en L1 d’anglais dont il loue le soutien. S’il reconnaît que sa renommée lui a parfois permis de se lancer dans des histoires d’un soir, il  connaît aujourd’hui la valeur d’un véritable échange sur le long terme. Pas si bad boy que cela…

Aymeric BATAILLE

 

 

Inventaire à la Merel

 

Si comme la plupart des adeptes francophones du rap, Fiosoma émaille son discours d’anglicismes (les games, la street…), il sait aussi capter des expressions savoureuses du kartié réunionnais ainsi que de l’univers du web. Morceaux choisis :

Fiosoma : anagramme de « mafioso » par rapport à son expérience de la rue.

Fumer un niaks, une tonj : fumer un joint.

Taper des stats : obtenir de nombreux clics pour ses vidéos postées sur le web.

Blaze : nom de scène.

974CALI : Réunion-Californie nom d’un de ses projets musicaux à venir.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 05:36

Journalisme en famille

 

Vie professionnelle ou personnelle, certains vivent leur passion à fond. Christelle Floricourt, 24 ans, suit les pas de son grand-père tout en partageant le métier de son conjoint. Nature, elle livre les difficultés qu’elle éprouve pour se frayer un chemin médiatique digne de ses compétences.

Légende : Christelle Floricourt, réaliste quant à la précarité de la profession de journaliste, garde le sourire quand même.  (Photo Anne SÉVRIN).

Légende : Christelle Floricourt, réaliste quant à la précarité de la profession de journaliste, garde le sourire quand même. (Photo Anne SÉVRIN).

Le journalisme, Christelle Floricourt, elle connaît. Elle n’avait pas 10 ans que ça l’attirait déjà. Et pour cause, son grand-père, Phillipe Ponin Ballom, était un de ces journalistes ancrés dans la tradition de la presse réunionnaise. Celui qu’elle voyait rédiger des articles lorsqu’elle était enfant a été fondateur du journal Ce matin, rédacteur en chef de la Gazette de l’Ile de la Réunion, directeur d’Hebdo Bourbon. Il a terminé sa carrière comme  chroniqueur au JIR où il couvrait les assises, avant de s’éteindre en 2011. Son style éditorial bien à lui n’a pas échappé à sa petite-fille : « J’ai puisé dans ses archives ». Cette passion a sauté une génération : la mère de Christelle Floricourt est employée de mairie, et son père agent hospitalier. Mais sur les trace de son aïeul, Christelle Floricourt a puisé son enthousiasme et fait son choix.

Elle commence par une prépa littéraire puis renonce, ne se voyant pas « continuer là-dedans ». De l’hypokhâgne, l’étudiante passe à la fac d’histoire et poursuit en troisième année d’info-com. Après la licence, viennent les stages et l’insertion professionnelle, de fil en aiguille. Ou plutôt de pige en pige. Eh oui, comme d’autres camarades, Christelle Floricourt concilie travail et études mais tient à ce que cela n’affecte pas sa scolarité. « J’étais sérieuse, je m’arrangeais », se souvient-elle. L’ancienne petite fille qui dans ses rêves se voyait journaliste de presse écrite, apprécie finalement l’audiovisuel. En 2013, la jeune femme obtient son master. Depuis, elle  est pigiste à Réunion 1ère. Elle a présenté un magazine maniant le micro-trottoir pendant un an, dans Kozman La Kour.

 

Info-com

 

Elle affirme que la filière info-com lui a beaucoup apporté  : des bons souvenirs, des bons amis… et surtout, la rencontre de son conjoint, Julien Andy. Ce dernier est JRI dans la chaîne concurrente, Antenne Réunion. Une situation parfois délicate. Mais au quotidien, le couple de journalistes parvient à la gérer: « Forcément, y a des trucs qu’on ne peut pas se dire, mais on sait pourquoi »,  explique d’abord Christelle Floricourt. Avant d’admettre avec honnêteté que parfois chacun laisse échapper quelques infos. Cependant, aucun ne risquerait bien sûr de porter préjudice à l’entreprise du conjoint. D’ailleurs, précise-t-elle encore, à la maison, « on évite de parler trop boulot », même si la concurrence professionnelle reprend parfois le dessus : « Il serait bien content d’avoir son scoop avant moi ! ».

Troquerait-elle un statut de pigiste à Réunion 1ère contre un CDI à Antenne ? Elle ne le pense pas, n’étant pas attirée par le rythme de travail qu’impose la chaîne privée à ses journalistes. La Dionysienne relativise cependant l’idée de tensions extrêmes entre les deux rédactions : « Les journalistes s’entraident, on n’est pas en concurrence permanente sur le terrain  », souligne t-elle.

 

Situation précaire

 

Les « bons mois », Christelle Floricourt perçoit 2000 euros nets, 700 tout au plus, les plus mauvais. Ce fut le cas en février dernier, période durant laquelle aucune intervention ne lui a été proposée. Son temps libre, elle l’a alors utilisé pour aller à la plage, faire du shopping, et « s’ennuyer ». À 140 euros par sujet et une limite de 184 piges par an, le statut n’est pas toujours confortable. « Ma famille est fière mais ne comprend pas pourquoi après cinq années d’études, je n’ai pas un job plus stable », sourit-elle. Malgré les compléments du pôle emploi, Christelle Floricourt se sent parfois en situation précaire , « pas top pour le moral ». Alors elle persévère.

Elle s’exprime bien, est spontanée, possède la trempe des présentatrices locales et ne refuserait pas, si on lui demandait, d’animer un journal. Christelle Floricourt reconnaît avoir aussi postulé dans la presse écrite, sans succès. Quant à chercher un poste plus stable hors de  la Réunion, elle reste lucide : « En métropole, mes amis galèrent presque tous ». Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’accepterait pas un CDD dans une autre station du groupe Réseau Outre-Mer 1ère, étape première du long parcours menant à la titularisation que certains pigistes attendent depuis dix ans…

Optimiste et sereine quand même, elle estime qu’elle s’en sort « plutôt bien pour l’instant avec des piges régulières ». Son idéal reste de s’inscrire dans la lignée de son grand-père. « Les faits divers, ce n’est pas trop mon truc, le social, l’éditorial m’attirent», admet-elle. En attendant, il lui faut faire ses preuves, encore et toujours. La coquette journaliste était sur le terrain durant les précédentes cantonales à Saint-Leu. 

 

Cécile MOUTIAMA

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 05:18

Musulmane du monde 

 

À 42 ans Shamima est toujours étudiante. C’est accompagné de son amie de toujours, Salima que Shamima répond aux questions. À deux on se sent plus rassurées face aux journalistes...

Shamima Hansord (à droite sur la photo) accompagnée de son amie d’enfance Salima Gany : « Les femmes musulmanes prennent leur place ». (Photo Coralie TECHER)

Shamima Hansord (à droite sur la photo) accompagnée de son amie d’enfance Salima Gany : « Les femmes musulmanes prennent leur place ». (Photo Coralie TECHER)

Née à la Réunion de parents indo-musulmans, Shamima a deux frères et deux sœurs. Globe-trotter dans l’âme, elle rencontre son mari, un géologue mauricien, aux États-Unis où ils effectuent tous les deux leurs études. Quelques années plus tard, les voici parents de deux filles de 10 et 3 ans.

Issue d’une famille musulmane traditionnelle, Shamima s’émancipe. Au lieu de rester dans le commerce familial, elle quitte l’île pour poursuivre ses études en Métropole. Elle reconnaît que le choix n’a pas été facile ni bien compris, mais elle a toujours bénéficié du soutien de sa famille dans son parcours. Son père, néanmoins, aurait souhaité la voir occuper un poste élevé dans la fonction publique : « Il me demande toujours où sont mes diplômes » ajoute-t-elle avec affection. Elle est comme ça, Shamina, elle regarde toujours les autres avec empathie, mais rien ne l’empêche de poursuivre sa quête personnelle. Ainsi, alors que l’usage chez les musulmanes est de se marier assez jeune, elle attend ses 30 ans avant de convoler en juste noces.

 

Pratiquante

 

Multiculturelle et polyglotte, elle maîtrise l’anglais, le français, le créole et le gujrati. Elle a vécu aux États-Unis, en Angleterre, en France, à Maurice et en Australie. Elle dit s’y être toujours sentie libre de pratiquer sa religion. Et n’avoir jamais souffert de stigmatisation. Tout au plus porte–t-elle un regard amusé et tolérant sur l’univers un peu étriqué de certains de ses contemporains. « Un jour en France, j’ai eu dû mal à faire comprendre à une amie, qui insistait un peu lourdement, que je ne pouvais me rendre avec elle au bal des pompiers parce que c’était le ramadan ! » Cette tolérance, elle l’a doit également à sa formation d’ethno-anthropologie qui lui permet de mieux comprendre les différences. La mère de famille estime que la France devrait prendre exemple sur certains pays comme l’Australie où la pratique religieuse est davantage accueillie voire encouragée. Là-bas une pièce appelée « mussallah » est réservée aux étudiants musulmans pour accomplir leurs ablutions ainsi que la prière. Et puis la notion de « communautés » n’y apparaît pas forcément négative : « D’ailleurs, c’est tout le petit village où nous habitions qui était considéré comme une petite communauté », argumente-t-elle.

Retour à l’île Bourbon où elle a grandi. Même si le regard des autres lui fait prendre conscience qu’elle a l’apparence d’une Indienne, ici religions, origines et métissages différents s’entremêlent. « Le vivre ensemble réunionnais s’est construit tout seul », considère–t-elle. Alors que dans d’autres pays, comme Maurice, le communautarisme, mais dans un sens plus cloisonné, serait selon elle davantage présent.

 

Creative righting : l’art d’écrire

 

Shamima Hansord est diplômée d’un BTS action commerciale et d’une maîtrise en lettres modernes. Elle a enseigné le français à Maurice, a travaillé en tant qu’agent local du développement à la mairie de Saint-Denis, et réalise actuellement une thèse en creative righting  inscrite dans une université en Australie. Excusez du peu…

Elle connaît bien ce pays pour y avoir vécu pendant les sept années durant lesquelles son mari y a travaillé. La creative righting forme des écrivains. Elle a choisit le travail de l’écriture alors que sa mère née à Tamatave n’a pu eu la chance d’aller à l’école. Elle en est à son deuxième roman. « Toutes mes histoires sont sur des kidnappings » s’amuse-t-elle. Ces livres, rédigés en français et dans la langue de Shakespeare, seront bientôt disponibles.

Cette quête perpétuelle de connaissances serait-elle en réalité une recherche de soi ? Suite à ses multiples expériences à l’étranger, Shamima s’est souvent remise en question. Après s’être opposée à ses parents et avoir eu gain de cause, elle cherche à se rassurer sur le fait qu’elle ne renie pas une partie d’elle-même. « Respecter les valeurs que vos ascendants vous ont transmises, cela donne du sens à votre parcour et apporte de l’estime de soi ».  Mais si elle a épousé un homme de sa confession, elle accepterait que sa fille suive une autre voie : « On ne peut pas aller contre la volonté d’un être ». Elle se tourne vers son amie Salima qui elle a choisi de rester durant toutes ses années dans le commerce familial dionysien. Mais toutes les deux partagent la même position quant à la position de la femme musulmane dans la société. Complices depuis toujours, elles considèrent que la question est à trater d’avantage sur le plan culturel que religieux. « Les femmes doivent se battre pour elles-mêmes. Elles doivent agir pour ce qui est important ». Une libération sans reniement.

 

Madiati MALIDI 

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 13:51

De Miss Météo à Miss Labo

 

Aurélie Béton n’a que 21 ans mais la maturité d’une femme de 30... L’actuelle Miss météo et étudiante en Lettres modernes surprend. Avec son style casual, maquillée et cheveux coiffés-décoiffés. À l’aise avec son auditoire, elle retrace son parcours avec un sourire quasi-permanent.

Aurélie Béton partage ses journées entre le studio télévisé et les cours à l’université (Photo Madiati MALIDI)

Aurélie Béton partage ses journées entre le studio télévisé et les cours à l’université (Photo Madiati MALIDI)

Tout commence en 2009. La Saint-Pauloise a 15 ans. Bien qu’elle avoue n’avoir jamais manqué de rien, elle veut devenir indépendante. « Je trouvais ingrat de demander de l’argent à mes parents pour m’acheter une énième paire de chaussures. Je savais ce que cela représentait pour eux en heures de travail ». Aurélie Béton commence à faire des petits jobs pour se sentir plus autonome. « J’ai travaillé dans une sandwicherie, j’ai chanté et dansé du séga typique local dans les hôtels et j’ai donné des cours de remise à niveau ». Deux ans après, elle participe au casting « En quête de talents » lancé par Antenne Réunion. Elle souhaite « découvrir l’envers du décor » de la télévision. Bien que ses parents soient un peu sceptiques. « Ils avaient peur que je ne supporte pas l’échec » confie-t-elle. Mais contre toute attente, elle est sélectionnée parmi les 1500 candidats présentés. Aujourd’hui, elle représente la fierté de ses parents qui ne tarissent pas d’éloge sur elle. « Ce sont mes deux agents de com ! », sourit-elle encore. Logique lorsque l’on sait que cette jeune femme détient plusieurs casquettes. Miss Météo, animatrice de télé-achat, de « Tournez c’est gagné » ou encore de « Kosa ou fai pou les vacances ». Cette intermittente du spectacle travaille environ 35 heures par mois, pour des cachets qui varient du simple au double. Mais « il n’y a pas de prestations fixes » précise-t-elle, tenant à insister sur la précarité de son statut. Car son quotidien ne se résume pas au plateau télévisé. Aurélie Béton considère que son travail est « un job étudiant » puisqu’elle poursuit parallèlement ses études à l’université.

 

« On joue sur la proximité »

 

Car l’étudiante en lettres moderne a la tête sur les épaules et les idées claires. Elle sait ce qu’elle veut. Depuis toute petite, elle n’a qu’un but : enseigner. « J’avais un tableau dans ma chambre » se souvient-elle. Diplômée d’un Bac S, elle s’oriente par dépit en médecine. Après un semestre, elle abandonne prétextant ne pas se sentir la vocation de « soigner les petits bobos ». Elle se réoriente vers les sciences humaines, espère devenir enseignant-chercheur en linguistique française. Ce qui lui plait dans cette filière ? : «On peut tout remettre en question. On ne s’arrête pas à ce qu’il y a dans les livres ou dans les programmes, comme dans le secondaire ». La linguistique se situe, selon elle, à mi-chemin entre les lettres et l’aspect plus scientifique des mathématiques.  

Cependant, tout n’est pas si rose pour cette boule d’énergie. Son travail déborde souvent sur ses heures de cours, tellement qu’elle en rate souvent une partie. Heureusement, elle peut compter sur « une amie de longue date » et sur le régime dérogatoire qui lui permet de rattraper les UE manquées, pour réussir. Par ailleurs, elle a dû renoncer à sa bourse puisque ses ressources dépassent le plafond requis.

Depuis, Aurélie est une étudiante prête à tout pour gagner sa vie. Même à présenter le Télé-achat, émission, reconnaît-elle du bout des lèvres, que l’on pourrait croire destinée « à embobiner » le chaland. La présentatrice explique que c’est une mission que son employeur lui donne et qu’elle se doit de la réaliser. « Ce n’est pas si mauvais en soi » se justifie-t-elle. Effectivement, le but  d’Antenne Réunion est de «  vendre ». La chaine privée a besoin de se faire financer pour survivre. « On joue sur la proximité ».

 

« Je t’aime Aurélie Béton »

 

Proximité que le talent d’Antenne Réunion a su trouver. Au début, elle se souvient que sa notoriété a été difficile à gérer. « J’ai dû supprimer toutes les images ayant un rapport avec ma vie personnelle sur Facebook ». Il faut dire qu’elle est très ouverte et ne veut pas passer pour quelqu’un de hautain. Elle aime être proche des gens : « Je suis dans leur salon tous les soirs ». Cependant, Aurélie Béton confie avoir parfois affaire à des gens « bizarres ». Entre un potentiel acheteur de ses chaussures déjà portées, un voleur de photo qui se fait passer pour son petit ami ou encore un groupe de garçons qui l’attendent à la sortie d’Antenne pour lui jouer la sérénade « Je t’aime Aurélie Béton », elle pense avoir tout vu !

Situations qui rendraient n’importe quel petit ami fou ! Mais ce n’est pas le cas pour celui d’Aurélie. Agé de 29 ans, celui-ci n’est pas jaloux, au contraire. Ce gérant de la station-service familiale s’avère être « très mature ». « Il me suggère quelques idées, il m’aide beaucoup » se réjouit la désormais Saint-Gilloise. Récemment fiancée, elle souhaite finir ses études avant de fonder une famille. Avec un emploi du temps qui commence à 6h et qui se termine à 20h, elle reste réaliste. « Si j’avais un enfant maintenant, il me faudrait des journées de 48 heures. Je ne sais pas où je le mettrais ».

La petite dernière d’Antenne Réunion peut compter sur son équipe et sur ses proches. Consciente de sa chance, elle ne refuserait pas un CDI proposé par la chaine. Mais une chose est sûre, la recherche reste sa priorité. L’appel de la vie universitaire en labo l’emportera peut-être sur le strass et les paillettes de la présentation météo...

 

Diana EUPHRASIE

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 10:18

Vivre de philosophie et d’eau fraîche

Soleïman, du bout de son art, titille notre vision aseptisée du monde (Photo Valeska GRONDIN)

Soleïman, du bout de son art, titille notre vision aseptisée du monde (Photo Valeska GRONDIN)

À 41 ans, Soleïman a un débit de parole semblable à celui d’un éternel adolescent qui se chercherait encore. Cheveux grisonnants ébouriffés, jean, baskets et sac à dos. Cet adulescent arpente encore la BU à la recherche de connaissance. Rétrospective d’une vie d’artiste particulière …

 

Diplômé des Beaux-Arts en 2000, Soleïman Badat possède de nombreuses cordes à son arc. Vidéaste, auteur, compositeur, musicien, photographe, infographiste, illustrateur. Autant de disciplines qui rendent son parcours atypique. Muni d’un CV de trois pages bien fournies, ce performer ne s’en vante pas pour autant. « Je privilégie les actes aux discours », confie-t-il avec un sourire sincère qui trahit toutefois une légère anxiété. Quant à son patronyme, il précise n’avoir aucun lien avec la famille de commerçants prospères bien connue sur l’île. « Ça m’a déjà porté préjudice, se souvient-il, un jour une amie que je ramenais s’est étonnée que ma voiture soit vieille et que je pestais contre le système ; elle me prenait à tort pour un fils à papa ». En réalité, ce Dionysien est issu d’une famille musulmane de la classe moyenne. Sa mère a dû renoncer à des aspirations professionnelles plus créatrices pour privilégier un emploi dans la fonction publique. Et jusqu’à récemment, il a toujours connu son père commerçant, endetté. Soleïman lui n’a pas d’enfants et n’est pas marié (mais a failli l’être !). Il n’y est pas opposé mais partage une vision différente de la vie. Une succession d’événements. « Tu vis une chose puis une autre… La vie est une ligne, un chemin qui mène à un objectif ». Son existence n’est pas un long fleuve tranquille et il fait en sorte qu’elle ne le soit jamais.

 

« Je ne suis pas un artiste »

 

L’esthète vit de prestations diverses et le plus souvent éphémères. « Je n’ai pas de salaires fixes, j’ai plutôt des contrats sporadiques ». Il vend un travail purement artistique mais se contente des émoluments en rapport. « J’ai adapté mon mode de vie, mes besoins. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir ce que j’ai », relativise-t-il. Il refuse de jouer le jeu truqué d’une société qui contraint à toujours consommer plus.

Son enfance, marquée d’évènements décisifs, l’a conduit à faire ces choix. « Je ne me voyais pas devenir commerçant comme mon père. Un jour, je l’ai vu complimenter une cliente sur l’achat d’une robe. Je n’ai jamais su s’il était sincère ». On l’aura compris, ce créateur atypique refuse de rentrer dans le moule. « La société compartimente les individus, les spécialise et leur impose un modèle de vie unique en créant des besoins ». Et le voici lancé dans un nouveau discours critique sur les médias, les sources d’informations et les idéologies dominantes « imposées » par les grandes puissances.

On revient à son activité artistique. Le mot le fait tiquer : « Je ne suis pas un artiste » martèle-t-il. « Dans la communauté musulmane, explique-t-il, l’artiste est souvent celui qui produit des représentations, ce qui peut être mal perçu. Alors que si l’on étudie bien le Coran, on peut avoir un avis inverse ». Plus généralement, l’artiste est également celui dont on ne sait pas ce qu’il fait. « Je ne crée rien, je transforme ce qui existe déjà ». Celui qui se définit comme un « touche-à-tout » utilise de nombreux outils. Son travail se base sur les médias, les remous de la société, le mimétisme, la société de consommation, les sciences et la géopolitique. Il se fait le relai de l’information et recherche les raisons plutôt que les faits. Pour lui , Internet peut présenter le pire comme le meilleur. Il s’intéresse surtout aux documentaires et aux investigations, écoute la radio de temps en temps, mais se méfie de la « soupe immonde » de l’information en continue.

 

Visiteur régulier du site du FBI

 

En ce moment, le quadragénaire dessine des personnages inspirés de bandes-dessinées et de manga qui évoluent dans un environnement chaotique sans pour autant « jouer dans le trash ». Mélange des styles et des disciplines.

Son inspiration, il la puise notamment dans les souvenirs de ses nombreux séjours à l’étranger. Véritable globe-trotter. Le voyage a pour lui une utilité fondamentale. Même s’il se déplace moins aujourd’hui, Soleïman ne compte pas les allers-retours entre Réunion, Métropole, Autriche et Canada. Ce polyglotte qui parle sept langues a souvent été confronté à l’islamophobie ambiante. Il se souvient comment, un jour, « une douanière canadienne se demandait comment je pouvais m’installer pendant trois mois sans visa de travail ». Mais, cette différence est devenue une force. « La Réunion est encore préservée de ce rejet », estime-t-il. L’artiste engagé a des convictions. Essayer de comprendre, faire un travail personnel, chercher les sources, se remettre en question constamment. C’est son moteur. Même s’il doit pour cela visiter souvent le site du FBI…

En définitive, cet idéaliste se dit heureux, content de ce qu’il fait. Son art lui permet une certaine liberté. Musulman pratiquant, il a été particulièrement touché par les attentats de Charlie Hebdo. « Il y a peu de choses dues au hasard », considère-t-il, comparant ces événements avec la période nazie et sa propagande. Cependant, il considère que la liberté d’expression doit avoir ses limites. « Si non ça serait l’anarchie ».

Après avoir organisé et participé à de nombreux événements culturels, Soleïman est aujourd’hui membre de l’association LERKA (L’Espace de Recherche et de Création Artistique). Et envisage de se tourner vers l’agriculture bio. « Mes amis pensent que je suis dingue ! ».

Et quand on lui demande s’il n’est pas un peu complotiste, il rétorque qu’il n’a guère « de vérités absolues », qu’il cherche toujours à contrebalancer, à équilibrer des sources contradictoires. Toujours fidèle à ses valeurs et à sa philosophie : justice, liberté, vérité.

 

Anne SEVRIN

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 15:42

Fibre entrepreneuriale

Goulamaly-copie-1.jpgArrivé à la fac dans sa voiture de location Avis, Abdé-Ali Goulamaly monte énergiquement les marches pour rejoindre les étudiants d’Info-com. L’industriel originaire de Madagascar a misé sur le développement des nouvelles technologies à la Réunion qu’il considère comme porteuses  « d’avenir ».

 

Né dans sur la côte Ouest de la Grande Ile, à Morondava, cela fait 45 ans qu’Abdé-Ali  Goulamaly vit à la Réunion. Et même si à la maison, il parle davantage le gujarati (langue indienne) que le créole, il affirme être réunionnais. « On a tout investi à la Réunion et on se sent mieux ici ». Investissement qui paie, car le PDG indique que l’impôt auquel est assujetti le groupe Goulamaly, « c’est du lourd ». Propriétaire d’une résidence principale à la Réunion et d’un appartement près de ses bureaux, rue Soufflot, entre le Panthéon et le Jardin du Luxembourg à Paris, il ne se considère pas pour autant  comme un « gros flambeur ». « Ce qui m’intéresse, c’est de bâtir » affirme-t-il.

« L’argent n’est pas mon moteur »

À 79 ans et à la tête de nombreuses entreprises réunionnaises telles que Mauvilac ou Oceinde, ce père de deux enfants n’est pas pressé de prendre sa retraite. La création est sa passion. « Tant que je prends du plaisir au travail, je ne vois pas pourquoi m’arrêter ». Ses vacances sont ses déplacements professionnels au grand dam de son épouse qui le voudrait plus disponible. « L’argent n’est pas mon moteur, mes loisirs consistent à pratiquer une activité physique régulière. Je fais du jogging et de la natation». Désireux de transmettre ses valeurs à ses enfants, dont son fils qui travaille à ses côtés, il ne les a pas gâtés. « Ils devaient réussir leurs études, et ils ont respecté le contrat. Je suis très fier d’eux ». Et même si Abdé-Ali Goulamaly se dit très heureux, dans l’univers impitoyable des affaires, « tout ne marche pas toujours comme on le souhaiterait ».

Fondateur associé de la SRR (Société Réunionnaise de Radiotéléphonie), il permet à la Réunion d’inaugurer le téléphone mobile avant la Métropole. En 1998, après la prise de fonction de Jean-Marie Messier (Pdg de Vivendi), il quitte la société suite à un désaccord sur les stratégies à adopter. « Il voulait investir dans la téléphonie globale. Pas moi. J’ai imaginé un développement spécifique pour la Réunion ». Aujourd’hui, Abdé-Ali  Goulamaly ne renonce pas. Grâce à ses partenaires financiers, le groupe Goulamaly rachète Zeop en 2011 à la société canadienne Intercable qui selon lui « n'a pas échoué par manque de moyens techniques mais de financements ». En trois ans, plus de 150 millions d’euros sont investis dans le développement de l’entreprise à haut débit dans la fibre optique à la Réunion. Des fils aériens supplémentaires viennent surcharger les poteaux EDF déjà peu écologiques… Mais pour le fondateur et ancien président de l’ADIR, la protection de l’environnement reste un souci quotidien. Un peu étonnant pour un fervent défenseur des nouvelles technologies… grandes consommatrices de matériaux polluants. Rompu à la communication, le Pdg rétorque que la législation imposée est strictement respectée.

 

Un libéral qui cite Paul Vergès !

 

Autre paradoxe : il envie presque le modèle libéral des pays asiatiques, moins soumis aux réglementations concernant l’installation de la fibre, mais partage la vision du communiste Paul Vergès sur la question environnementale. Une des solutions possibles serait d’enterrer les câbles, mais l’homme d’affaires finit par avouer que « l’enfouissement coûte trop cher ».

Son plus grand regret reste que l’ADIR n’ai pas su tenir sa promesse : « Fabriquer local et devenir de gros exportateurs ». Aujourd’hui l’homme qui a amené le GSM dans l’île mise sur l’évolution de la jeunesse réunionnaise et investit dans des infrastructures comme l’ILOI, qui forme les jeunes dans les domaines de l’image et des nouveaux médias. Grâce au soutien de son groupe, un nouveau centre de formation avec sa propre chaîne de télévision vient même d’ouvrir à Madagascar. Comme pour le Mozambique, il faut croire, selon lui, à ces pays émergents, boostés par une nouvelle génération possédant un vrai savoir-faire. Tonique !

 

Valeska GRONDIN

Photo : Aymeric BATAILLE

 

 (Légende photo) : Abdé-Ali Goulamaly a amené le GSM à la Réunion : la bosse du commerce et des nouvelles technologies.

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 10:11


Un zoreil péï au JT

A_Forestier.JPG A 28 ans, Antoine Forestier assure le JT d’Antenne Réunion. Depuis deux ans, l’ancien étudiant en Infocom, occupe la place de « Joker », remplaçant à l’occasion l’une des trois présentatrices, Yolande Calichiama, Laurence Françoise et Sabrina Superviele.

 

Antoine Forestier est né dans le nord de la France mais n’y a pourtant jamais vécu. Il faut dire que l’unique visage masculin du JT d’Antenne Réunion a passé son enfance à suivre ses parents, entre Guadeloupe, Martinique et Nouvelle Calédonie. Celui qui se définit comme ultramarin, atterrit finalement sur l’île alors qu’il est lycéen. Les valises bien posées, c’est au lycée de Bellepierre que le futur journaliste passe son baccalauréat scientifique.

Un BTS communication plus tard, Antoine Forestier tente le concours d’entrée dans la filière Information et communication de l’université de la Réunion.

« Devenir journaliste n’étais pas à proprement parler une vocation, mais une idée fixe qui me trottait dans la tête depuis la 6eme ». Juste pour suivre son meilleur ami, s’excuse-t-il presque… Un choix qui s’avère payant. Puisqu’à l’obtention de son master et grâce aux divers stages effectués à Canal+, Radio Nostalgie et RTBF une chaîne Belge, l’actuel présentateur se voit offrir un poste de JRI (journaliste reporter d’images) à Antenne Réunion en 2009.

 

2000 euros mensuels 

 

Le voici journaliste encarté. Pendant près de trois ans il arpente le terrain. Ce qu’il aime par-dessus tout ? Couvrir les évènements sportifs, tels que les jeux des îles ou encore les matchs de foot, son sport favori. Après tout, il le dit, son premier objectif était de devenir journaliste spécialisé dans le sport. À défaut d’incarner le Pierre Ménès made in Réunion, il devient en 2012, après avoir passé des essais, le « joker » du JT d’Antenne Réunion. Un rôle qu’il partage avec Laura Chateau, une ancienne d’Infocom également. « Une opportunité que je ne pouvais pas laisser passer » se souvient-il. De plus, il possède la double casquette de JRI et de présentateur : « J’ai besoin de cette complémentarité dans ma carrière ». Et l’on reparle de son jeune âge : « Au départ ils voulaient me vieillir pour passer à l’antenne ! ».

En matière de charge de travail, on est loin des 35 h indiquées sur son contrat. Antoine en accompli plutôt le double, pour 1800 euros par mois qui atteignent parfois 2 000  avec les primes de JT.

 

Chouchouté par Micheline...

 

Il commence sa journée à 8h00, enchaîne les reportages, prépare son JT de A à Z, rentre chez lui parfois après 20h00. On peut le rappeler en pleine nuit pour couvrir un sujet. À Antenne il y a un système de permanence comme chez les urgentistes. « C’est beaucoup de stress, les gens n’imaginent pas forcément tout ce qui se trame en coulisses en nous voyant sur le plateau…». Mais Antoine Forestier n’en reste pas moins un bon vivant. Célibataire, ce jeune homme à la silhouette longiligne consacre son temps libre aux virées entres amis, et joue aussi dans l’équipe de foot d’Antenne Réunion : « Je suis le meilleur buteur ! » assume-t-il en souriant.

Malgré certains désagréments, il admet qu’assurer le JT présente aussi des avantages. Comme le fait d’être chouchouté à l’égal d’une véritable star par la désormais célèbre maquilleuse d’Antenne Réunion, Micheline. Ou encore de recevoir de chaleureux compliments lorsque les gens le reconnaissent dans la rue : « Il n’y a que mes potes qui me disent si je suis mauvais »...

Et quand on lui demande où il se verrait dans cinq ans, il répond qu’il ne sait pas. Avec son air d’éternel étudiant. 

 

Coralie TECHER

(Photo Diana EUPHRASIE)

 

Légende photo : D’infocom à Antenne il n’y a qu’une carte.

 

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 11:55

3 enfants et 300 000 téléspectateurs

 

 

 

 

 Laurence-francoise.JPGPrésentatrice depuis 4 ans à Antenne Réunion, Laurence Françoise officie en semaine, relayée par Yolande Calichiama le week-end. Elle assume un parcours d’ancienne pigiste devenue journaliste maîtresse de cérémonie du JT du 19h*.

 

A la ville, elle porte une élégante robe bleue, des escarpins noirs sertis de têtes de mort à la mode, un maquillage plus léger qu’à son JT. Elle sourit, sert des mains, telle une pro de la communication.

Sur le plateau de son 19h, c’est elle qui questionne, interviewe, analyse les invités. Mais à la place de l’interviewée, on la sent quelque peu impressionnée. 


 Retour vers son passé. Depuis son lycée, ses résultats et sa motivation lui assurent un avenir tout tracé vers l'enseignement, comme ses parents. Elle fait donc naturellement une licence d'anglais à la Réunion, mais sans conviction. En 1997, elle participe à un casting pour RFO qui cherche une animatrice TV. Un premier pas dans l'audiovisuel qu'elle ne voudra plus quitter. Elle est retenue pour présenter « Soir de 1ère », un concept imaginé par le réalisateur Patrick Pongahet, mais après trois émissions, c’est un flop. Elle décide de prendre son envol et de sauter la mer. La voici en fac de lettres à Nancy, spécialité journalisme s’il vous plaît. C'est sa voie, elle le sait. Son choix se porte sur l’ESJ (École supérieure de journalisme) de Paris. Une année durant laquelle elle se familiarise avec tous les types de médias : presse, audiovisuel, web… Côté privé, elle accomplit son parcours en assumant trois maternités. Elle passe ses examens enceinte, et dispose d’un délai d’un an supplémentaire pour ses oraux. Rien ne l’arrête : « Je partais caméra au point avec un ventre de sept mois ! ». Sans jamais prendre de congé maternité, elle ne cache pas les épisodes de sa vie à la Desperate Housewives où elle sait assumer ses impératifs de mère sur son lieu de travail : « Je tirais mon lait pour le mettre dans le frigo de Gilbert Hoair, rédacteur en chef de Réunion1ère, et je partais en reportage après... » 

 

«  Pigiste à Réunion 1ère, pour 300 € mensuels »


L’obtention de ses examens ne lui a pas permis de faire perdurer le rêve parisien, faute de contacts : « Je n'ai pas réussi à faire ma place, je n'avais pas de réseau... » Mais l'envie de percer dans l'audiovisuel est forte. Avec un enfant à charge, c'est sans grand regret qu'elle rentre au pays, avec son ex-mari, en 2006.

RFO la recontacte pour faire des piges. La chaîne est un tremplin pour elle : « Réunion 1ère était comme une maman pour moi, mais quand on reste pigiste pendant 4-5 ans, c'est compliqué de rester... » Elle se révèle dans un nouveau domaine : la présentation JT. Remplaçante (joker) pour le journal du week-end,  elle est repérée par Antenne Réunion. Cette fois c'est la bonne. Alors qu’elle tente de survivre à l’époque avec 300 euros par mois, elle reçoit un appel de Philippe Roussel, le précédent directeur d’Antenne, qui lui propose un contrat à durée indéterminée qui va changer sa vie. C'est le début de son histoire avec Antenne.

Dans la chaine privée sa journée de travail débute lors de la conférence de rédaction programmée à 8 h 30. Jusqu'à la prise d'antenne en début de soirée, elle peaufine l'écriture de ses lancements, change de sujet si besoin, vit avec un certain plaisir le stress inhérent à l'exercice. A la rédaction, c’est le pilier du journal. Même si les journalistes n’ont que peu de temps pour monter leurs images avant le lancement du JT, lorsqu’ils rentrent de reportage ils savent que le passage dans le bureau de Laurence est incontournable. Si ces localiers de terrain vivent avec une adrénaline permanente, la présentatrice également. Elle a conscience que son travail peut changer du tout au tout en un instant : «  Il m’est arrivé de venir à 8h et qu’on me demande d’assurer une édition spéciale pour 10h ».

Un quotidien difficilement compatible avec une vie de famille ; un journaliste doit rester sans cesse à l’affut et ses trois enfants, reconnaît-elle, le lui reprochent parfois… 

Toutefois, la journaliste présentatrice assume, même si « les incendies n'attendent pas que les enfants soient couchés pour se déclarer ». Et se rattrape le week-end

On l’aura compris, la passion du métier (qu’elle regrette ne plus pouvoir pratiquer sur le terrain) l’anime. Après quatre années de fidélité à la chaîne, elle perçoit un salaire mensuel de 2900 euros nets qu'elle n’entend pas renégocier, se souvenant encore de la galère de la condition de pigiste, obligée, lorsqu’elle était à Paris, d’assumer des rédactionnels dans des revues ethniques.  

Et l’on en vient à Antenne, ses contraintes, et sa chute d'audience de 3.9 points de 2012 à 2013. Bien sûr elle défend son entreprise : « C'est une force qu'a Antenne Réunion d'avoir beaucoup de journalistes qui viennent et partent fréquemment car cela alimente la chaîne d'un renouveau de l'information. C'est une très bonne école, mais on n’y reste pas vingt ans non plus... »  Laurence ne se voit donc pas devenir la doyenne des présentatrices de JT de la Réunion. Une légère ironie dans la voix est palpable lorsqu’elle explique la nouvelle tendance des grandes chaînes à mettre des jeunes en présentation : « Dans les années 90, je ne me souviens pas avoir vu un 20 h de France 2 présenter par un jeune, aujourd'hui la tendance est inversée, Anne Claire Coudray remplaçant Claire Chazal, PPDA viré... »

Sans peur de devoir céder sa place s’il le faut, elle rêve déjà d'un futur projet : «  Je vais m'essayer à la formation avec les jeunes futurs journalistes, j'ai des touches en métropole et serai prête un jour, s’il le fallait à ressauter la mer. »

A 36 ans, Laurence Françoise a roulé sa bosse hertzienne. Entre piges précaires, une grossesse pendant ses exams de fin d’études, et une séparation amoureuse, elle ne s’est jamais souciée de l’adversité ni de la concurrence. Elle retient seulement qu’on lui a donné sa chance d’exercer le métier et positive. Et pour mieux convaincre de sa sincérité, regarde son interlocuteur droit dans les yeux. Toujours, comme une pro…

 

Mélanie GRONDIN

         (Photo Marion Ristor)

 

* Article publié dans Varangue, journal école des étudiants en Info-Com (Université de La Réunion). 

 

 

 
 
 







 

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 10:39

Capitaine femme ! 

Aurélie AlphonsePour Aurélie Alphonse,  capitaine de la Saint-Denis École de Foot Association (SDEFA), « le foot ? C’est un sport de garçons ! » Mais loin des discours féministes revendicateur, elle marque, mine de rien, des buts sur le terrain de la parité.



Un physique robuste à l’image de sa personnalité. Originaire du quartier des Camélias, la Dionysienne a construit sa force au prix du labeur enduré lors des entrainements successifs. « Je n'en rate aucun », assure-t-elle. A raison de trois séances par semaine. Sa passion pour le foot est sa force.

La jeune fille suit de près aux performances masculines. Le football féminin professionnel, du fait de sa faible médiatisation, ne l’intéresse pas : "On en entend pas parler " reconnait-elle.

Sure de ses atouts, Aurélie Alphonse possède : « la technique, une qualité de passe et un bon comportement ». De sa position libéro, un poste défensif, elle « voit le jeu ». Cette fan du Paris Saint-Germain a ses idoles, comme Thiago Sylva : « Nou jwé lo mem post, li lé capitaine, sé in model pou mwin ! » s’enthousiasme-t-elle. La jeune femme baigne dans le football depuis l’enfance. Un père coach et deux frères entraineurs, c’est avec naturelle qu’elle s'appuie sur l'équipe masculine pour se perfectionner : « Mi regard souvent le match bann garçon pou fé pareil apré ». Les footballeurs, à leur tour, rajoutent leur « grin d’sel ». Grâce à ses précieux conseils, elle s’améliore. C’est timidement qu’elle aborde son test de sélection passé à la Plaine-des-palmistes : «  Mi va oir si mwin na la niveau », espère-t-elle. C’est néanmoins avec amertume qu’elle dénonce certaines « magouilles » : « Des filles n’étaient pas présentes mais pourtant déjà présélectionnées » s’indigne-t-elle. Ambitieuse, elle se dit prête à « sauté la mer » pour réaliser son rêve de devenir professionnelle. Si son avenir se trace sur son ile natale, elle compte sur son club : « Si tu te donnes à fond pour SDEFA, le club te le rendra » garantit-elle. La Réunionnaise dispose d’un contrat de service civique obtenu avec le club. Quand au fait que les primes de matchs soient perçues uniquement par les hommes, cela ne la perturbe pas : « Mi vien pa pou larzen, mi vien pou jwé ballon » tranche-t-elle. Plus tard elle se voit passer le BAFA, puis le Brevet d’État indispensable pour devenir entraineur. Compétitive et passionnée, elle met « en lèr » sa passion : « Le football c’est un plaisir avant tout ».

A moins de cent jours de la coupe du monde, c’est sans une once d’hésitation qu’elle supportera le Brésil. « Dan mon fami, la touzour été Brésil, Brésil, Brésil !» clame-t-elle. Avant d’assurer, un brin moqueur, que « La France y arrivera pas en finale ».

 

" Agressive " uniquement sur le terrain...


Aurélie Alphonse a connu beaucoup de clubs. Parfois avec des moments difficiles, son passage au club du Chaudron reste marqué dans sa mémoire: « Il y avait des problèmes entre filles, des histoires de vols et un manque d’ambition » confie-t-elle. Plus tard, c’est donc logiquement que cette fille expérimentée s’impose comme capitaine du SDEFA. Du haut de ses 22 ans, elle n’hésite pas à recadrer les « filles » (dont certaines sont mères de familleet plus âgés qu’elle) et à gérer l’équipe. Entre crêpages de chignons, ladilafé et entraide, elle décrit un groupe soudé « comme une famille ». Même si elle avoue qu’une équipe de fille « ’est plus dur à gérer ».

Tolérante et ouverte, à propos de la décision de la FIFA d'autoriser les femmes à porter le voile elle considère qu’il n’y a pas matière à polémique : « Il y avait une fille dans mon équipe qui portait le foulard islamique, ça ne me dérangeait pas. Cela n’empêche pas de jouer au foot » réagit-elle calmement. Et d’ajouter que « chacun doit être libre ».

Et puisqu’on parle de parité, elle déplore le manque de moyens dans le football féminin : « La ligue (de football réunionnaise) ne donne pas assez aux filles, les garçons passent toujours en premier » regrette-t-elle. Une fois les crampons ranger,  la sportive change de visage : « Je suis agressive sur le terrain mais pas dans la vie » atteste la passionnée. La jeune femme peut toujours compter sur le soutient de ses proches. « Papa sera toujours derrière mwin » affirme-t-elle. Coté sentimental, sa passion pour son sport semble primer : « De toute façon, toute les rencontres que je fais, c'est sur un terrain » s'amuse-t-elle. Pas d'étonnement de ses Valentins, qui rencontrent d'abord une footballeuse avant tout.

 Finalement, le foot ne serait-il pas une affaire de femmes ?

 

Jerémy NAUDET 

(Photo Axelle Srtak)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:19

Se reconstruire à 60 ans !

 

Jean_Marie.jpgJean Philippe Jean-Marie est l’un des 1615 enfants Réunionnais de la Creuse, « exilés de force » de la Réunion vers la métropole de 1963-1981. Sous l’impulsion de la députée Éricka Bareights,  l’Assemblée nationale vient de leur reconnaître leur statut de citoyens spoliés par l’Etat. Leur porte-parole assistait au vote de cette résolution mémorielle. Après des décennies de combat, le voici enfin apaisé…

 

 

C’est accompagné de sa femme, secrétaire de l’association, que ce militant fait son apparition. Il arbore fièrement un bandana, « le foulard de l’esclave ». Tout commence, dans les années 60,  lorsque son père, à l’époque chauffeur d’autocar « courant d’air », est victime d’ un accident dans les rampes de Plateau Caillou. Plusieurs enfants périssent, comme en témoignent aujourd’hui les petites croix installées à cet endroit.  Malgré le constat de freins défaillants, il est emprisonné. Ensuite, le petit Jean-Philippe fait l’école buissonnière. Son cartable tout neuf est volé. Ce jour-là, il  reste au Barachois jusqu’à minuit avec sa petite sœur Céline âgée de 8 ans à l’époque. Par peur d’être sévèrement grondé. Le garde-champêtre les attrape. Une enquête des services sociaux est ouverte. L’administration convainc sa mère, qui a la charge de 6 enfants, de la nécessité de son placement dans un foyer. Jean-Philippe Jean-Marie affirme pourtant que, grâce à la solidarité familiale de l’époque, sa maman aurait pu faire face à la situation : « Nous étions bien entourés »., martèle-t-il. Selon lui, la Dase aurait utilisé une simple bêtise pour l’enlever à sa famille. « A seulement 9 ans, on m’a fait passer pour un turbulent, un délinquant en devenir !». Il est envoyé à l’APECA d’Hell-Bourg. Établissement qu’il compare à un lieu d’«emprisonnement carcéral ». Pour survivre, il négocie sa protection avec les grands en échange de nourriture, prend des coups, découvre la violence et l’humiliation extrêmes. Devenu pupille de l’Etat, il n’est plus sous l’autorité parentale de sa mère. Nous sommes en 1966, il a 11 ans. Tout s’accélère alors. Il se retrouve dans un  avion, arrive à Guéret le 12 octobre dans une famille du petit village de Chatelet. «Un bel endroit », admet-il. Mais durant de longues journée, le voici réduit au rôle « d’enfant à tout faire ». Il découvre également le travail dans une pâtisserie.


 

« Le  roi de l’évasion »


Quelques jours plus tard, il s’évade. Ce Tom Sawyer péi n’en est pas à son coup d’essai. Il se souvient qu’à l’âge de 9 ans, voulant reconquérir sa liberté, il s’était échappé d’Hell-Bourg pour retrouver sa famille à Saint-Denis. Mais avait été rattrapé.

En 1975, année de sa majorité, 21 ans à l’époque, il s’engage dans l’armée où il apprend à lire et écrire. Il retrouve sa liberté. C’est avec une certaine émotion que ce « déraciné » renoue avec ses origines, et foule à nouveau son île en 1987. Alors qu’il est devant son poste de télé, une émission l’interpelle. Dans un reportage il aperçoit des anciens camarades. « J’ai découvert ma propre histoire à la télé », explique-t-il, avec cette force tranquille de celui qui veut décrire l’indicible. Dès lors, il débute son combat en 1995 et crée l’association Rasinn Anler . Son rôle :rassembler cette « grande famille », que sont les enfants réunionnais « déportés » de force.  Il maintient le terme, contesté par certains, se référant à la définition littérale du terme. Obtenir une réparation morale, un enjeu capital.


« Les Réunionnais également complices »


Malgré tout, l’enfant de la Creuse n’en veut ni à sa mère, ni aux autres parents. « Ils ont laissé partir l’un pour sauver les autres », justifie-t-il. Les parents subissaient de fortes pressions. Il n’en veut pas non plus à ceux qui ne comprennent pas sa lutte ou ses revendications. « Ce n’est pas que de la faute de Debré, certains Réunionnais sont aussi coupables », lance-t-il le visage fermé. Néanmoins, le Dionysien reste objectif. Il n’occulte pas le fait que pour plusieurs enfants, cette expérience fût positive. Il cite notamment le cas de Valérie Andanson,  la vice-présidente et la chargée de communication de son association. « Une femme brillante, tombée dans une bonne famille ».

Père d’une fille de 18 ans et d’un fils de 23 ans, ce papa militant n’oublie pas le contexte actuel de l’île. Il n’est pas opposé à la mobilité. Car il en est conscient : «La Réunion n’est pas extensible, l’être humain l’est ». A condition d’être motivé. Mais, en même temps, il préconise des mesures d’aide au retour, pour ceux qui le peuvent.

Actuellement sans emploi, il consacre tout son temps à cette cause. Il désire que l’histoire des enfants de la Creuse, avec la salutaire résolution de l’Assemblée, fasse jurisprudence pour qu’à l’avenir, ces drames ne se reproduisent plus.  

Et le combat continue, l’association sort bientôt un livre avec l’aide de l’historien Philippe Bessière, membre de l’association. « Pour la mémoire ». Car un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. 

 

Fabien FURCY 

 

(Photo Marion Ristor)

 

 

 

 

 


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?

 

 

 


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?

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