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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 07:38

Un banquier à votre écoute

Mathias_Ramssamy.JPG

 



« Ma Passion, ma drogue, ma mission » : Matthias Ramsamy, 23 ans, banquier et correspondant officiel de Freedom depuis 5 ans, a la pêche. Les auditeurs reconnaissent sa voix sur les ondes et il est fier de sa notoriété.

 

 

 

La carrière du jeune Salazien ne le destinait pas à cumuler deux métiers. Issu d'une famille d'agriculteurs modestes, il se représente son enfance comme difficile : «  Je viens du caniveau », ironise-t-il,  évoquant ses conditions de vie dans le cirque : « Je n'ai connu Internet qu'à 17ans ».

Réussir devient alors son unique objectif. Et pour cela Matthias s'en donne les moyens. Un BTS Banque au lycée Mahatma Gandhi de Saint-André en poche il postule pour la licence Information-Communication de l'université de la Réunion où il n'est pas retenu. Déçu mais non découragé, son BTS l'amène à obtenir une licence professionnelle à l'IUT de Saint-Pierre. Embauché en tant que stagiaire pendant deux ans, il est désormais conseiller bancaire.

       

Vite accro à Freedom

 

Cet amour de l'information le rattrape bien vite. Les souvenirs rejaillissent et l'employé de banque se souvient de son premier appel à la radio pour un incendie à Duparc : « Imaginez  des flammes atteignant 12 mètres de haut ! Il fallait que j'informe tout le monde, pour que tous s’en rendent compte ! », se remémore l’animateur. Ses interventions  lui valent la reconnaissance des auditeurs et de Camille Sudre. Il devient alors correspondant officiel à Freedom mais garde son poste de conseiller bancaire. « Je perçois 1800 euros en travaillant à la banque, précise-t-il sans gêne, et mes reportages à Freedom me rapportent environ 500 euros par mois. ». Détendu, il poursuit : «  Du mardi au vendredi, je travaille à la banque. Mon samedi et mon dimanche, je les consacre à Freedom. Et le lundi, je suis aux assises. » Énergique, Matthias ne peut pas rester longtemps en place. Trop occupé, il regrette cependant de ne plus pouvoir assister au repas dominicaux chez ses parents.

 

Si ces week-ends sont occupés, au détriment de sa famille, il en est de même côté cœur. La perspective de concilier amour et boulot est  difficile pour le jeune homme. « Un dimanche, au cinéma, avec mon ancienne petite amie, je reçois un appel d’urgence de la rédaction, encore pour un incendie. J’ai dû la laisser en plan… », confie-t-il à peine embarrassé. « Mais, le journalisme c'est bien plus qu'une passion, c'est ma drogue ! » . Enthousiaste, Matthias l'est lorsqu'il parle de sa radio. « Oui Freedom, c'est une radio de la di la fé, admet-il. Mais le commérage fait partie du fonctionnement réunionnais. Tout le monde veut savoir ce qui passe dans la kour de son voisin. » Fougueux, Matthias s'assume. « Je n'hésite pas à  frapper sur la porte des gens », même lorsque ces confrères partent. «  Et puis, je sais qu'ils écoutent Freedom autant que moi, c'est comme ça », tranche le jeune homme.

 

 

« Freedom survivra à Facebook »

 

 

Cette radio, Matthias la chérit : « Freedom, c'est comme ma seconde famille ». Pensif, sourire en coin, il parle avec émotion de l'épisode du cyclone Bejisa où tous se soutenaient. Camille Sudre le suit aussi de près. «  Il est très paternaliste. Je suis toujours en admiration face à un tel homme », poursuit celui qui se perçoit comme un journaliste à part entière, les étoiles dans les yeux. Grand idéaliste, selon lui, le phénomène Freedom ne s’estompera pas, et « survivra même à Facebook ». La radio de la colombe est thérapeutique pour les personnes isolées : « La Réunion se perdrait sans Freedom », renchérit il. Fidèle auditeur, son jeune âge a expliqué ses erreurs de débutant. Comme l'épisode du basculement des eaux au cirque de Salazie. Du côté des grévistes, il téléphone pour faire entendre son mécontentement. Camille Sudre le réprimande quelques minutes plus tard, pour n’avoir pas su rester neutre. « Mais ce sont des choses qui arrivent. Une fois en direct, une fois la parole lâchée, c'est trop tard. ». Fier, rieur, Matthias consent non mécontent : « Avec Freedom, on passe d'auditeur à journaliste en deux secondes. Et ça, c'est une grande source d'inspiration ». Toujours les fameux « 300 000 journalistes de FreeDom » dont s’enorgueillit la station de l’homme en blanc. Au grand dam des « vrais » journalistes professionnels…

Audrey FÉLICIEN

(Photo Christelle Bénard)

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 16:33

Détak la langue !

 

Threutard-copie-2.jpgBercé et imprégné par la poésie depuis son enfance, le quinquagénaire est actuellement agent au service culturel du Port. Deux métiers, à l’image de ses valeurs et de ses passions. 

 

Citant des poèmes à l’arraché, de nature bavard et rêveur, Patrice Treuthardt incarne la spontanéité. Prolixe comme un virtuose de stand-up, le voici entrainant son interlocuteur dans son univers créateur. Il cite pêle-mêle mais toujours à propos Boris Gamaleya, Carpanin Marimoutou, Alain Lorraine, « les plus grands », Pablo Neruda, Axel Gauvin, Brassens, Saint-John Perse…. Poète à temps plein, à la silhouette svelte, il s’inspire de chaque instant de la vie, mais affirme n’avoir pas pu en faire son métier : « Ou viv’ pas avec la poésie, sauf quand ou lé mort ». Percevant 2 900 euros par mois, avec son emploi fixe, il évoque être originaire d’un milieu social modeste : « Fallait sert la ceinture, mon premier salaire ma donne mon papa, maître auxiliaire au vice-rectorat té paye bien dan temps là, 6 000 francs ». Donnant-donnant, c’est grâce à son père, qu’il apprend à connaitre plusieurs auteurs classiques, tels que Baudelaire, ou encore Victor Hugo. Le coup de foudre poétique, n’a pas lieu de suite, « Le style classique té impose à nou, la rebute à moin ». C’est en première, à l’âge de 17 ans, que son professeur de littérature, « la fait aime à nou la poésie, elle la mette le doigt sur ce que l’avait en moin ». Il dévore les revues littéraires, lit Jeune Afrique, découvre Aimé Césaire et d’autres poètes malgaches. Si la passion est présente, le futur étudiant ne se destine pas à des études de Lettres, et cela à son plus grand regret. En 1974, il s’envole vers la Métropole, à Aix Marseille, ou il suivra un cursus en Finances, qui lui permettra plus tard de travailler dans une banque…. Parti pour 3 ans, il n’y restera que 4 mois, « L’exil l’a tué à moin, la fait à moin poète de l’exil ».

 

« Avec l’exil, mon racine l’a remonté »


En contact, avec d’autres Réunionnais nostalgiques, de toute condition professionnelle, vivant en métropole, il ressent le manque, et l’attachement morale et physique qu’il porte à la Réunion : « Avec l’exil, mon racine l’a remonté ». La date de son retour au pays natal ancré dans son esprit, le 22 janvier, marque un tournant dans sa vie. L’engagement politique, prend peu à peu sa place. Combattre pour la langue créole devient sa principale motivation. C’est l’époque des dalons créateurs de textes et surtout du mythique groupe Ziskakan qu’il a fondé avec d’autres : Alain Armand, Bernard Payet, et consort. Combat qui selon lui : « n’aurait pas du être un bataille, n’aurait du être normal ». Lutte de toute une vie commençant à la période Debré, mais à son plus grand désespoir, qui n’a débouché que sur une simple petite avancée. Revendication marquée dans l’histoire réunionnaise et assimilée au Parti communiste réunionnais « Té di parti pestiféré, lo diable ». L’homme dénonce cette tendance d’alors à stigmatiser en dangereux communiste tout militant culturel.  

Mais l’époque des kabars du Port de 1979 est bien loin. Aujourd’hui, on retrouve Gilbert Pounia, le leader du groupe Ziskakan, se produisant à la Région pour fêter l’investiture de Didier Robert : « L’amitié lé important, c’est un grand dalon, li reste un l’ami, mais li navé pas le droit fait ça, té symbolique ».  


« La langue i porte nout’ culture »


Alors, il ne lui reste plus qu’à diffuser son message de créolité qui rime avec amour et partage. Avec émotion, ce passionné de foot se remémore la Réunion Lontan, « C’était la nature, la savane avant, nou té sa baigne dans la mer, pose la colle, jouer football, monte sur pied de mangue ». Aujourd’hui, il constate, un paysage démographique réunionnais totalement métamorphosé : beaucoup plus de logements, d’infrastructures, et beaucoup plus de départs en France métropolitaine. « Avec tout ça, la tradition créole i sava, nou perde a li ». Tel le professeur qu'il aurait bien voulu continué à être, l’homme de poésie, père de deux grands garçons, s’adresse à la jeunesse :  « A zot l’avenir, mett’ le créole en l’air ». Question éducation, il revient sur le créole à l’école : il ne suffirait  pas simplement d’enseigner la langue, mais d’apprendre dans sa langue, « Un l’anglais li appren’ en anglais, à cause un créole i apprendrai pas en créole ? ». Les cultures différentes ont d'ailleurs formé sa jeunesse, et il continue de se rendre en Inde, son « deuxième péi », chaque année.

Et de poursuivre, intarissable sur la question du créole. Qui dit culture, dit langue réunionnaise, et créolité : « La langue i porte nout’ culture ». Il se lance alors à la recherche des mots perdus, « maintenant c’est pu " grenadines ", c’est " fruits de la passion ". Si c’est avec humour, que l’on peut concevoir ses propos, Patrice Treuthardt, l’âme quelque peu désabusée, souhaite qu’on lui rende les mots de son enfance, son exotisme. Tonique !   

 

Christelle BÉNARD

(Photo Audrey Félicien)

 


 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 11:04

Blu, la fièvre du soir d'Exo FM

BluAlexandre Jeamblu anime depuis 2007 l’émission « 974 Fever », sur Exo FM. Tous les soirs, plus 120 000 auditrices et auditeurs se laissent porter par les paroles de ce faux « macho », à l’humour sexiste.

 

Paradoxe, Blu dévoile une personnalité plus que réservée lorsqu’il se retrouve questionné. A l’antenne, il ne se sépare jamais de son grand ami Laurent. Ces présentateurs soudés, comme le fil d’un micro, abordent des thèmes liés au sexe plus ou moins soft. « Laurent et moi sommes complices, cette amitié est notre force », et ça se ressent à l’antenne. Chaque soir, « Sans aucune préparation », les enfants de Doc et Difool, s’installent derrière à la console et se lâchent avec plaisir. Blu marche au feeling. Et comme la radio ne nourrit pas son homme (500 euros mensuels versés par exo FM), il se fait livreur le jour, et manager d’une boite saint- gilloise la nuit.

 « L’important c’est de faire les choses avec passion », s’enthousiasme ce caméléon des ondes. Côté look, les auditeurs n’imaginent pas un style faussement « croûté », mais néanmoins parfaitement étudié : Blu est l’un des acteurs clef du monde de la nuit, sur l’île. Pour lui, tout a commencé lorsqu’il quitte la fac à 22 ans, « Cela n’était pas fait pour moi. J’avais d’autres problèmes à régler à cette période… ». Ce Sainte-Marien a grandi entre deux mondes, celui de la « kour » et celui des écoles catholiques. La mort prématurée de son père, lorsqu’il a 13 ans, marque le début d’une période sombre de son adolescence. Plus tard, en 2000, son frère est incarcéré durant deux ans et demie, pour une affaire de meurs, on n’en saura pas plus.

 

« Une grande misère sexuelle à la Réunion »

 

Ironie du sort, désormais c’est lui qui donne des conseils à des milliers de jeunes, sur des sujets traitants de sexe, d’adultère et de pornographie. Son souci reste d’éduquer : « Il y règne une grande misère sexuelle à la Réunion chez les jeunes, je suis parfois choqué ! Comme lorsque j’entends cette mère de 20 ans, me demander ce qu’est un clitoris ? C’est là où l’Etat doit faire son job de préventions ». Le concurrent de l’émission, « Chaleur tropicale », affirme que Freedom garde sa place de leader, uniquement grâce aux rencontres que l’on peut y faire. Pour l’heure, ce trentenaire, à la blague facile, certifie n’avoir pas peur des aléas de la vie, et compte bien rester à l’antenne. Tant que sa spontanéité séduira…

 

Axelle STRTAK

(Photos Jeremy NAUDET)

  

 

 

 

 

 

 

 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:47

 

Monsieur Palto, globe-kréol 

M_Palto.jpg

Du haut de ses 38 ans, Serge Grondin, ou Monsieur Palto pour ses intimes de Facebook, nous revient tout droit d’un tour du monde. De Paris à Shanghai en passant par Vienne, il prend plaisir à partager ses couyonnisses. Style décontracté, savates deux doigts aux pieds, le kréolman  retourne sur les bancs de la fac. Portrait d’un globe-trotter,  fondateur de  « Bourbon Palto ».

 

Titulaire d’un Bac+4 Monnaie Banque et Finance à Nanterre, le  Saint-Andréen se destinait une carrière dans la finance. C’est à Paris qu’il fait ses débuts en tant que contrôleur de gestion pour l’entreprise Randstad. Il y exercera son métier pendant 2 ans. Mais la routine, ce n’est pas fait pour lui. « Je ne parlais que le français et le créole.  Il valait mieux franchir la Manche. Dans cet univers il faut absolument savoir parler l'anglais. » Il s’envole alors pour Londres où il occupe le poste de superviseur. 2 ans qu’il ne regrette pas : « C’était génial ! Si vous devez partir, partez, à condition de savoir revenir. » Il enchaîne ainsi les destinations : Paris, Strasbourg, Luxembourg, Vienne, Shanghai…  Plus rien n’arrête le baroudeur, en quête de nouveau. « Notre multiculturalité créole nous forme à affronter la différence, estime-t-il, et j’avais envie de rencontres ! » Un périple qui renforce ses origines : « Ma créolité m’a toujours accompagné, partout où j’allais. »  Mais l’état de santé de son père, victime d'un AVC, l’oblige à regagner le pays. 

 

Bazardier par passion

 

De retour sur son île natale, Monsieur Palto  troque son habit de manager contre celui de marchand. « Je suis bazardier par passion ! » lance-t-il. S’il avoue avoir baigné dans un monde aisé pendant 17 ans (8 000€ nets mensuels), il ne regrette pas son nouveau rythme de vie. « Je suis revenu habiter chez mes parents.  Ma femme est toujours dans notre appartement à Vienne. »  La création, l’expression de soi, l’approche des autres sont des qualités qui lui manquaient dans le monde de la finance. C’est à son stand qu’il retrouve un certain « management humain ». « Je suis confronté directement au client. » Il laisse alors parler sa créativité et son amour du terroir en  lançant sa propre marque de t-shirts : en décembre 2012 « Bourbon Palto » naît.  Le trentenaire crée ainsi lui-même ses designs,  inspirés de son péi et de son histoire, tout en mêlant humour et provocation. Il évoque d’ailleurs avec enthousiasme sa rencontre avec Guy Pignolet, créateur du drapeau de la Réunion Lo Mavéli, drapeau que l’on retrouve également imprimé sur ses t-shirts. « Guy Pignolet est un vrai coup de cœur. Il a eu le même parcours que moi. » Défenseur de la cause créole, Serge Grondin voit ce symbole « volcan flamboyant » comme un « signe de reconnaissance », notamment pour ses compatriotes expatriés. Remet-il en cause le statut de son île ? La question le fait sourire : « L'Europe, c'est ma communauté, la France mon nasion, la Réunion mon péi » s'amuse-t-il, l'oeil pétillant.

Du Business to Fan

Avec des concurrents locaux déjà bien ancrés sur le marché et un chiffre d’affaire de 1000 € par semaine, le kréolman doit mettre les bouchées doubles. Le milieu est hostile, et déjà occupé par bon nombre de requins et de petits diables... Il opte donc pour une stratégie de B to F : Business to Fan. Il perçoit en effet  chez ses fans (650 sur sa page Facebook) un véritable potentiel : « Le fan n’est pas qu’un client, c’est un donneur de grain d’sel, un revendeur, c’est quelqu’un qui s’identifie à ta marque. » affirme-t-il avant d’avouer qu’il s’agit tout de même d’un « travail de très longue haleine. »  A travers son personnage de Monsieur Palto, le businessman local met en lèr son identité créole qui lui a appris à partager avec autrui. Chaque étape de son périple autour du globe le ramenait à son île, « comme ce vieux Chinois  de Shanghai qui jouait aux dominos en battant sur la table comme le faisait mon grand-père le dimanche matin à 11 h. » Toutes ses aventures pourront bientôt être lues dans  son livre Les Tribulations de monsieur Palto. Quoi qu’on en dise, son île, Serge Grondin en est fier, et il vous donnera même 974 raisons d’aimer la Réunion.

 

Marion RISTOR

 (Photo : Maëva Pausé)

 

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:22

Le rythme du ker

Sayaman.jpg 
De la création à la production, Sayaman exprime sa philosophie de vie à travers son maloya fusion. Rétrospective d’une existence fondée sur les traditions créoles et balancée par le rythme des percussions.


 Dreadlocks rebelles retenues par un bandeau, démarche décontractée et sourire aux lèvres : Sayaman respire le naturel. De son vrai nom Alexandre Le Perff, ce jeune artiste réunionnais voit le jour il y a trente ans dans la capitale de l’île, où il vit toujours aujourd’hui. Un attachement pour ses racines qui l’inspire et qu’il met en lèr dans sa musique entraînante cadencée par ce qu’il appelle le maloya fusion. Un style mêlant le traditionnel et les musiques du monde : « Alain Peters en était le précurseur », reconnaît le chanteur avec un zeste de déférence envers l’une des figures incontournables du maloya réunionnais. Si aujourd’hui, les mélodies de Sayaman s’inscrivent dans la culture de l’île, il n’en a pas toujours été ainsi. « A 14, 15 ans, j’étais plus dans le mouvement hip hop ! J’écoutais du rap sur un petit poste de radio », se remémore-t-il en souriant. C’est d’ailleurs grâce aux textes vindicatifs du rappeur français Akhenaton qu’il prend goût à la création. Une passion pour la musique qui n’est pas forcément du goût des ses parents, tous deux ambulanciers. En effet, elle le pousse même à abandonner ses études la veille du bac pour sauter la mer et mettre le cap sur une école de musique métropolitaine, à Valenciennes. Il y entre en qualité de claviériste et connaît son lot d’adrénaline : « J’ai vraiment pris une claque, y avait un niveau balèze ! Mais j’ai appris beaucoup de choses ».

 

L’inspiration des voyages


Sayaman ne se limite pas à l’éducation académique : pour lui, ce sont les voyages qui ont été sa principe source d’inspiration. « Il faut partir et s’enrichir à travers le monde », affirme t-il avec conviction. Le musicien se rend ainsi deux mois au Sénégal où il vit chez l’habitant : « Là bas, le temps est condensé », évoque t-il, « j’allais chercher de l’eau au puits, j’ai vécu à la sénégalaise ! ». Une expérience, aussi bien humaine que musicale : il rencontre des musiciens avec qui il joue tous les soirs et qui nourrissent sa culture. Il se retrouve ensuite en Australie, où il étudie le métier de technicien du son pendant quelques années. Une étape décisive dans sa vie d’artiste : Perth, carrefour multiculturel, le rappelle à ses racines. « Le maloya me manquait », se souvient Sayaman, qui tient à faire passer un message dans sa musique, malgré les barrières linguisitiques. Le maloya, qu’il qualifie d’universel s’impose donc naturellement.  

 

Maloya son kozé

 

Un goût pour la musique traditionnelle qu’il tient à transmettre : « Le maloya, c’est une racine, il faut l’arroser pour qu’elle donne des fleurs », illustre Sayaman. Autrement dit : la Réunion possède un patrimoine musical riche qui doit être entretenu. De créateur, l’artiste devient producteur. Il met en place son propre studio d’enregistrement « Run Studio », et accompagne des projets musicaux divers. Ce côté autoentrepreneur lui permet ainsi de vivre de sa passion et de la pratiquer quotidiennement, même si ses revenus sont fluctuants et dépendent des événements. La composition fait cependant toujours partie intégrante de sa vie : « Quand t’as goûté à la création, c’est fabuleux, magique ! J’écris parce que j’en ai besoin ». Bien qu’il déplore la manque de moyens financiers mis en place pour la musique à la Réunion, l’hyperactif créatif ne s’inscrit pas dans « la philosophie de l’assistanat » et tient à garder son indépendance artistique. Il garde cependant les pieds sur terre : « La musique c’est un business ! », admet le maloyer, « J’ai fréquenté Kaf Malbar, Zorro Chang, à leurs débuts, je sais comment ça fonctionne. Je dois savoir vendre ce que je fais. » Malgré ces contraintes économiques, Sayaman a foi dans le pouvoir du maloya, ce « mangé pou le ker » essentiel au peuple.

 

 « La Fa Mi »


Si le chanteur a connu le succès en solo, surtout avec son titre « Zion », hymne à la Réunion, aujourd’hui, il s’accompagne d’un groupe baptisé « La Fa Mi ». Un collectif créé entre dallons qui se produit un peu partout dans l’île grâce à un dispositif créé par le Pôle Régional des Musiques : la Tournée Générale. Une manière de valoriser les artistes avec les cafés concerts prêts à entrer dans la danse. C’est également un moyen pour Sayaman de faire davantage connaître sa voix et de rencontrer ceux qui l’ont inspiré, comme l’un des maîtres du maloya réunionnais, Danyel Waro. Mais même si le portail de ce dernier est toujours ouvert, le jeune artiste ne tient pas à le franchir : « C’est comme un superhéros pour moi », plaisante t-il, une icône péi qu’il n’ose pas aborder… L’artiste ne dénie pas la difficulté de son métier et son caractère précaire, mais le prend comme un défi. « Maintenant, mes parents viennent à tous mes concerts, mais au début ça n’a pas été facile ! Quand tu fais ce genre de choix, il faut que tu prouves que tu n’es pas un rêveur », prévient-il. Un combat quotidien que le chanteur transforme en partage : sa prochaine représentation aura lieu lors d’un grand pique nique musical participatif. Rendez-vous est donc pris le 30 mars à Grand Anse, où création et émotion seront de mise. Et l’avenir ? Sayaman ne se voit pas quitter son île, qu’il encense dans « Zion » : « Moin la écoute son fonnker et son larme la enrale a moin dans un romance pou toujours ». Une romance entre Sayaman et la Réunion qui n’est pas prête de s’arrêter, rythmée par les percussions du maloya, le créole « son kozé », et une perpétuelle authenticité. Qui vous remue le ker

 

Maëva PAUSÉ

(Photo Mélanie Grondin)

 

 

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 05:11

 

Fabienne fait son festival


Des bancs de la fac de lettres aux oreilles des lèves-tôt, Fabienne Fontaine a tracé sa route. Elle est maintenant matinalière à radio Festival.

 

IMG_0352.JPGCela fait à peine sept mois que Fabienne Fontaine « réveille la Réunion ». En véritable oratrice : locution irréprochable, hésitations quasi-inexistantes et réponses habiles ponctuent son discours. Aujourd'hui la voilà matinalière à Radio Festival, alors que rien ne prédestinait cette Saint-Joséphoise d'origine, au métier de journaliste.

 

D'abord titulaire d'une licence d'histoire, la jeune femme intègre l'IUFM pour obtenir le CAPES, en vue de devenir professeur. « N'ayons pas peur de le dire, je n'ai pas eu le concours ! » sourit-elle. Ce n'est qu'ensuite, en intégrant la licence info-com, qu'elle se découvre un goût pour l'écriture. « Mon stage au JIR m'a beaucoup plu  » précise Fabienne Fontaine. Âgée alors de 26 ans, elle quitte le cursus en master 1, en quête d'expériences professionnelles. « Pour moi, il y avait trop de théorie en info-com et je voulais travailler », se justifie la journaliste

La jeune femme travaille  en tant que pigiste pour le JIR pendant six mois. C'est en juillet 2012 que la chance semble lui sourire : malgré un CV encore un peu maigre, Radio Festival lui propose un CDI.

 

« Le monde réel du journalisme »

 

Fabienne Fontaine qui touche un peu plus du SMIC pour environ 39 h de travail hebdomadaire, ne se plaint pas. « Je me lève à 3 h du matin, mais, après une petite sieste réparatrice, j'ai les après-midis de libre, et le week-end je ne travaille presque jamais» relativise-t-elle. D'ailleurs, « On ne fait pas ce métier pour l'argent » assure la jeune matinalière.  

La rentabilité, c'est pourtant ce qui semble être le nerf de la guerre pour Radio Festival. Avec ses 3,4 % de part d'audience, on peut le comprendre. Le rythme de travail en pâtissant, celle qui aimait rédiger à l'université se voit aujourd'hui un peu frustrée par le format imposé par la radio. Les sujets sont brefs et purement descriptifs, ce qui ne laisse que peu de place à l'expression. Cependant elle ne regrette rien, et affirme disposer d'une certaine liberté grâce à sa chronique « Mon petit doigt m'a dit ». C'est «  l'occasion de se lâcher un peu, de parler de sujets amusants, ou de pousser des petits coups de gueule ».

Libre ? Peut-être pas tant que ça. La nouvelle voix de Radio Festival explique qu'elle aimerait faire davantage de terrain, ou proposer des sujets plus politiques. « Où que vous irez, il y aura un rédacteur en chef. Vous n'y échapperez pas » recadre-t-elle. Quant au devenir des étudiants d'info-com Fabienne Fontaine se montre plutôt optimiste. « Je pense qu'il y a de la place pour les futurs journalistes de la Réunion : mais sous quelle(s) forme(s) travailleront-ils ? » Peut-être en web radio…

 

Kevin TÉCHER

 (Photo : Corentin Arnaud)

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 08:12

3 QUESTIONS A Mostafa Fourar , recteur de l’Académie de La Réunion

« L’école ne va pas mal »

« Refondons  l’école de la République », pas moins. Le projet du ministre de l’Education Nationale. est décliné dans les territoires ultra-marins dont Mostafa Fourar est le maître d’ouvrage sur notre île.

Une semaine de concertation pour « refonder l’école ». Il faut être rapide...

La démarche s’inscrit sur plusieurs mois. Le projet de loi doit être examiné au mois de novembre, or nous avons commencé les réflexions dès le mois de juillet. Et nous ne partons pas de rien. Depuis des années, des pistes de réflexion ont été évoquées, elles ne manqueront pas d’être étudiées. Les quatre ateliers mis en place visent autant à la remise en question de l’apprentissage des élèves, du rôle des parents que de la formation des enseignants. Tout citoyen est convié à participer, à réagir que ce soit au niveau local ou au niveau national.

Pourquoi l’école va-t-elle mal ?

L’école ne va pas mal. A La Réunion, l’académie, en dépit des retards structurels, a réussi à rattraper le niveau métropolitain. Nous avons aujourd’hui des résultats équivalents à la moyenne nationale sur les examens du brevet et du baccalauréat. Nous avons identifié que c’est au premier degré  que les élèves accusent le plus de retard. Pour éviter le décrochage, il faut agir dès le plus jeune âge. L’année dernière, nous avons expérimenté avec succès trois « classes passerelles ». Destinées aux enfants de deux ans, elles tendent à combler les lacunes liées  à l’environnement social des populations défavorisées. L’objectif est d’en créer au moins une par commune dans les années à venir.

Combien des 60 000 postes promis par François Hollande seront affectés à La Réunion ?

Ce débat ne doit pas porter sur les moyens, mais sur les idées qui doivent être mises en avant. Il faut arriver à sortir deux ou trois idées fortes en lien avec la spécificité de notre département. Je pense notamment à l’articulation qui doit se faire entre le rectorat et l’université. La formation des enseignants doit passer par une école de professorat dont les modalités d’enseignement doivent être fixées dans la concertation.

Entretien : Olivier de LARICHAUDY

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 08:58

3 questions à Florent Brenquier, sismologue à l’observatoire volcanologique de la Réunion

 

Le 11 avril dernier, la zone océan indien était en alerte tsunami. Finalement pas de vagues gigantesques mais seulement quelques-unes de 10 cm maximum. A se demander s’il y a vraiment risque de tsunami sur l’Ile intense.

 

La Réunion est-elle exposée à des tsunamis ?

La majorité des tsunamis sont la conséquence des séismes générés par le choc des plaques tectoniques. Or, la Réunion n’est pas à une interface de ces plaques. La plus proche étant  située à 800 kilomètres au sud. Les séismes qui s’y produisent ne vont que jusqu’à une magnitude de 6 ou 7 sur l’échelle de Richter, et les dangers sont donc limités.

Le risque vient plutôt  de la zone où a eu lieu le séisme en avril dernier, proche du continent asiatique ; mais la distance qui nous sépare de l’endroit où les séismes se produisent diminue l’impact d’un éventuel tsunami.

 

Donc aucun tsunami ne peut se déclencher à proximité de nos côtes ?

Si, car il y a autre chose qui peut provoquer un tsunami : un éboulement sous-marin. Le flan volcanique  n’est pas stable et un gros éboulement  peut provoquer une gigantesque vague.  Depuis la dernière grosse éruption en 2007 on a observé un déplacement du flan de 1,70 m. On est donc sur nos gardes et on surveille ça de près, même si un éventuel éboulement est difficilement prévisible. Cela peut aussi bien arriver lentement, qu’en seulement quelques heures.

La récurrence de ce type de phénomène est très faible, mais on a déjà observé des traces qui peuvent dater de plusieurs milliers d’années. En revanche on n’a jamais rien trouvé qui confirmerait que l’île ait déjà subi le passage d’un tsunami.

 

Le relief de la Réunion ne l’immunise t-elle pas contre les tsunamis ?

Pas du tout ! Elle a effectivement un relief montagneux contrairement aux territoires ravagés par le tsunami en 2004, par exemple. Néanmoins à la Réunion, il y a aussi des villes qui sont situées au niveau, voire sous le niveau de la mer. Prenez Saint-Paul par exemple : les conséquences d’une vague de 10 mètres pourraient déjà y être catastrophiques.

 

Entretien : Antoine VASSAS

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 07:38

 Sophie LARRIEU. Cellule Régionale de l’Institut de Veille Sanitaire de l’Océan Indien.

« Nous ne sommes pas à l’abri »

 

La dengue sévit de nouveau. La circulation du virus a été mise en évidence dans l’ouest de l’île et au nord. Au total, neuf cas autochtones.

 

larrieudenguepetit.jpgPeut-on craindre une épidémie importante ?

Nous ne sommes pas à l'abri d'une épidémie de dengue. Le virus est souvent importé mais on a aussi des cas autochtones. Le climat est très clément pour le développement des moustiques avec des conditions météorologiques optimales. Les Réunionnais sont très peu immunisés. Nous sommes donc exposés à un risque vectoriel plus élevé. Tous les facteurs sont réunis. En 2004, un foyer épidémique avait concerné quelques centaines d’habitants dans l’Ouest. Il faut rester vigilant.

Quels sont les symptômes et le traitement contre la maladie?

Les symptômes ne sont pas très spécifiques : forte fièvre, douleurs articulaires ou musculaires, courbatures, nausées, vomissements, les symptômes peuvent s’apparenter à une simple grippe. Le médecin va faire le tri, en éliminant les autres diagnostics, et va voir si les symptômes sont compatibles. Mais le seul moyen de vérification reste la prise de sang et une confirmation biologique. Concernant le traitement, il a pour fonction de combattre les symptômes de la maladie, faire baisser la fièvre, lutter contre les douleurs, mais il n’y a rien qui permet de guérir la dengue.

Quels moyens sont mis en place  et comment se protéger ?

Autour de la population, la seule chose qu’on peut faire est plus de communication. Notamment via les médias, très utiles pour reléguer l’information, pour dire aux gens de se protéger. Autour des neufs cas évidemment, il y a eu beaucoup de choses faites, par les équipes de la lutte antivectorielle, qui sont allés les voir à leur domicile. La dengue se transmet de personnes en personnes par les moustiques. Il faut essayer de faire tout ce que l’on peut pour éviter qu’il y ait des moustiques dans notre entourage. Limiter la multiplication des gîtes larvaires, démoustiquer les jardins, vérifier qu’il n’y ait pas d’endroits où l’eau est stagnante… Il s’agit exactement des mêmes gestes qui s’appliquent pour le chikungunya. Des gestes simples mais indispensables pour se protéger et prendre ses précautions.

Entretien : Murielle HAN-KWAN

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 14:02

« Une loi agaçante »


En pleine campagne électorale, les télés doivent accorder le même temps de parole et d’antenne aux dix candidats. Pas évident !

 

Comment gérez-vous le temps d’antenne des candidats aux élections présidentielles ?

Il y a trois périodes. Du 1er janvier au 19 mars, on a dû appliquer le principe d’équité pour les temps de parole et d’antenne. Le temps d’antenne comprend tous les temps de parole des candidats plus les informations sur leur campagne. L’équité est le fait de représenter le candidat sa représentativité. Le temps de parole de Marine Le Pen, venue à cette période, a été de 7 minutes. Nous sommes actuellement dans la seconde période, où l’on tient compte des audiences ; c'est-à-dire qu’on ne peut pas mettre un candidat dix minutes en prime time et un autre dix minutes la nuit. Jean-Luc Mélanchon et François Hollande ont eu des temps de paroles égaux (10 minutes) et pour Nicolas Sarkozy, ce sera de même. Mardi prochain, on entrera dans la troisième période où temps de parole et temps d’antenne devront être strictement identiques.

 

Comment faire puisque tous les candidats ne viennent pas sur votre plateau ?

Peu importe dans quelles conditions on les montre. On peut très bien avoir un candidat à la Réunion et un autre à Paris. Comme on est une grande chaîne nationale, on dispose d’interviews de tous les candidats que l’on met dans nos programmes en fonction des besoins, notamment s’il n’y a pas de représentant sur place. Cette loi est parfois agaçante car cela peut nous faire perdre de l’audience lorsqu’on doit par exemple diffuser autant de temps d’interview de Jacques Cheminade que de Nicolas Sarkozy… La majorité des téléspectateurs vont zapper. Mais on n’a guère le choix, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel contrôle !

 

Ces principes d’égalité ne s’appliquent qu’à la radio et à la télévision et non à la presse écrite, qu’en pensez-vous ?

C’est normal. La presse et l’édition sont libres. Et ce, depuis la loi du 29 juillet1881. La presse écrite dans sa diversité n’agit pas de la même façon. La radio et la télévision ne pouvant émettre que par délégation de service public, l’Etat peut en échange leur imposer certaines règles d’équilibre. Alors que la presse n’a de compte à rendre à personne, dans les limites, bien sûr, déterminées par la loi. Cela s’appelle la démocratie !

 

Entretien : Emmanuelle BURDIN

 

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