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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 11:55

3 enfants et 300 000 téléspectateurs

 

 

 

 

 Laurence-francoise.JPGPrésentatrice depuis 4 ans à Antenne Réunion, Laurence Françoise officie en semaine, relayée par Yolande Calichiama le week-end. Elle assume un parcours d’ancienne pigiste devenue journaliste maîtresse de cérémonie du JT du 19h*.

 

A la ville, elle porte une élégante robe bleue, des escarpins noirs sertis de têtes de mort à la mode, un maquillage plus léger qu’à son JT. Elle sourit, sert des mains, telle une pro de la communication.

Sur le plateau de son 19h, c’est elle qui questionne, interviewe, analyse les invités. Mais à la place de l’interviewée, on la sent quelque peu impressionnée. 


 Retour vers son passé. Depuis son lycée, ses résultats et sa motivation lui assurent un avenir tout tracé vers l'enseignement, comme ses parents. Elle fait donc naturellement une licence d'anglais à la Réunion, mais sans conviction. En 1997, elle participe à un casting pour RFO qui cherche une animatrice TV. Un premier pas dans l'audiovisuel qu'elle ne voudra plus quitter. Elle est retenue pour présenter « Soir de 1ère », un concept imaginé par le réalisateur Patrick Pongahet, mais après trois émissions, c’est un flop. Elle décide de prendre son envol et de sauter la mer. La voici en fac de lettres à Nancy, spécialité journalisme s’il vous plaît. C'est sa voie, elle le sait. Son choix se porte sur l’ESJ (École supérieure de journalisme) de Paris. Une année durant laquelle elle se familiarise avec tous les types de médias : presse, audiovisuel, web… Côté privé, elle accomplit son parcours en assumant trois maternités. Elle passe ses examens enceinte, et dispose d’un délai d’un an supplémentaire pour ses oraux. Rien ne l’arrête : « Je partais caméra au point avec un ventre de sept mois ! ». Sans jamais prendre de congé maternité, elle ne cache pas les épisodes de sa vie à la Desperate Housewives où elle sait assumer ses impératifs de mère sur son lieu de travail : « Je tirais mon lait pour le mettre dans le frigo de Gilbert Hoair, rédacteur en chef de Réunion1ère, et je partais en reportage après... » 

 

«  Pigiste à Réunion 1ère, pour 300 € mensuels »


L’obtention de ses examens ne lui a pas permis de faire perdurer le rêve parisien, faute de contacts : « Je n'ai pas réussi à faire ma place, je n'avais pas de réseau... » Mais l'envie de percer dans l'audiovisuel est forte. Avec un enfant à charge, c'est sans grand regret qu'elle rentre au pays, avec son ex-mari, en 2006.

RFO la recontacte pour faire des piges. La chaîne est un tremplin pour elle : « Réunion 1ère était comme une maman pour moi, mais quand on reste pigiste pendant 4-5 ans, c'est compliqué de rester... » Elle se révèle dans un nouveau domaine : la présentation JT. Remplaçante (joker) pour le journal du week-end,  elle est repérée par Antenne Réunion. Cette fois c'est la bonne. Alors qu’elle tente de survivre à l’époque avec 300 euros par mois, elle reçoit un appel de Philippe Roussel, le précédent directeur d’Antenne, qui lui propose un contrat à durée indéterminée qui va changer sa vie. C'est le début de son histoire avec Antenne.

Dans la chaine privée sa journée de travail débute lors de la conférence de rédaction programmée à 8 h 30. Jusqu'à la prise d'antenne en début de soirée, elle peaufine l'écriture de ses lancements, change de sujet si besoin, vit avec un certain plaisir le stress inhérent à l'exercice. A la rédaction, c’est le pilier du journal. Même si les journalistes n’ont que peu de temps pour monter leurs images avant le lancement du JT, lorsqu’ils rentrent de reportage ils savent que le passage dans le bureau de Laurence est incontournable. Si ces localiers de terrain vivent avec une adrénaline permanente, la présentatrice également. Elle a conscience que son travail peut changer du tout au tout en un instant : «  Il m’est arrivé de venir à 8h et qu’on me demande d’assurer une édition spéciale pour 10h ».

Un quotidien difficilement compatible avec une vie de famille ; un journaliste doit rester sans cesse à l’affut et ses trois enfants, reconnaît-elle, le lui reprochent parfois… 

Toutefois, la journaliste présentatrice assume, même si « les incendies n'attendent pas que les enfants soient couchés pour se déclarer ». Et se rattrape le week-end

On l’aura compris, la passion du métier (qu’elle regrette ne plus pouvoir pratiquer sur le terrain) l’anime. Après quatre années de fidélité à la chaîne, elle perçoit un salaire mensuel de 2900 euros nets qu'elle n’entend pas renégocier, se souvenant encore de la galère de la condition de pigiste, obligée, lorsqu’elle était à Paris, d’assumer des rédactionnels dans des revues ethniques.  

Et l’on en vient à Antenne, ses contraintes, et sa chute d'audience de 3.9 points de 2012 à 2013. Bien sûr elle défend son entreprise : « C'est une force qu'a Antenne Réunion d'avoir beaucoup de journalistes qui viennent et partent fréquemment car cela alimente la chaîne d'un renouveau de l'information. C'est une très bonne école, mais on n’y reste pas vingt ans non plus... »  Laurence ne se voit donc pas devenir la doyenne des présentatrices de JT de la Réunion. Une légère ironie dans la voix est palpable lorsqu’elle explique la nouvelle tendance des grandes chaînes à mettre des jeunes en présentation : « Dans les années 90, je ne me souviens pas avoir vu un 20 h de France 2 présenter par un jeune, aujourd'hui la tendance est inversée, Anne Claire Coudray remplaçant Claire Chazal, PPDA viré... »

Sans peur de devoir céder sa place s’il le faut, elle rêve déjà d'un futur projet : «  Je vais m'essayer à la formation avec les jeunes futurs journalistes, j'ai des touches en métropole et serai prête un jour, s’il le fallait à ressauter la mer. »

A 36 ans, Laurence Françoise a roulé sa bosse hertzienne. Entre piges précaires, une grossesse pendant ses exams de fin d’études, et une séparation amoureuse, elle ne s’est jamais souciée de l’adversité ni de la concurrence. Elle retient seulement qu’on lui a donné sa chance d’exercer le métier et positive. Et pour mieux convaincre de sa sincérité, regarde son interlocuteur droit dans les yeux. Toujours, comme une pro…

 

Mélanie GRONDIN

         (Photo Marion Ristor)

 

* Article publié dans Varangue, journal école des étudiants en Info-Com (Université de La Réunion). 

 

 

 
 
 







 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Interviews
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