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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 05:18

Musulmane du monde 

 

À 42 ans Shamima est toujours étudiante. C’est accompagné de son amie de toujours, Salima que Shamima répond aux questions. À deux on se sent plus rassurées face aux journalistes...

Shamima Hansord (à droite sur la photo) accompagnée de son amie d’enfance Salima Gany : « Les femmes musulmanes prennent leur place ». (Photo Coralie TECHER)

Shamima Hansord (à droite sur la photo) accompagnée de son amie d’enfance Salima Gany : « Les femmes musulmanes prennent leur place ». (Photo Coralie TECHER)

Née à la Réunion de parents indo-musulmans, Shamima a deux frères et deux sœurs. Globe-trotter dans l’âme, elle rencontre son mari, un géologue mauricien, aux États-Unis où ils effectuent tous les deux leurs études. Quelques années plus tard, les voici parents de deux filles de 10 et 3 ans.

Issue d’une famille musulmane traditionnelle, Shamima s’émancipe. Au lieu de rester dans le commerce familial, elle quitte l’île pour poursuivre ses études en Métropole. Elle reconnaît que le choix n’a pas été facile ni bien compris, mais elle a toujours bénéficié du soutien de sa famille dans son parcours. Son père, néanmoins, aurait souhaité la voir occuper un poste élevé dans la fonction publique : « Il me demande toujours où sont mes diplômes » ajoute-t-elle avec affection. Elle est comme ça, Shamina, elle regarde toujours les autres avec empathie, mais rien ne l’empêche de poursuivre sa quête personnelle. Ainsi, alors que l’usage chez les musulmanes est de se marier assez jeune, elle attend ses 30 ans avant de convoler en juste noces.

 

Pratiquante

 

Multiculturelle et polyglotte, elle maîtrise l’anglais, le français, le créole et le gujrati. Elle a vécu aux États-Unis, en Angleterre, en France, à Maurice et en Australie. Elle dit s’y être toujours sentie libre de pratiquer sa religion. Et n’avoir jamais souffert de stigmatisation. Tout au plus porte–t-elle un regard amusé et tolérant sur l’univers un peu étriqué de certains de ses contemporains. « Un jour en France, j’ai eu dû mal à faire comprendre à une amie, qui insistait un peu lourdement, que je ne pouvais me rendre avec elle au bal des pompiers parce que c’était le ramadan ! » Cette tolérance, elle l’a doit également à sa formation d’ethno-anthropologie qui lui permet de mieux comprendre les différences. La mère de famille estime que la France devrait prendre exemple sur certains pays comme l’Australie où la pratique religieuse est davantage accueillie voire encouragée. Là-bas une pièce appelée « mussallah » est réservée aux étudiants musulmans pour accomplir leurs ablutions ainsi que la prière. Et puis la notion de « communautés » n’y apparaît pas forcément négative : « D’ailleurs, c’est tout le petit village où nous habitions qui était considéré comme une petite communauté », argumente-t-elle.

Retour à l’île Bourbon où elle a grandi. Même si le regard des autres lui fait prendre conscience qu’elle a l’apparence d’une Indienne, ici religions, origines et métissages différents s’entremêlent. « Le vivre ensemble réunionnais s’est construit tout seul », considère–t-elle. Alors que dans d’autres pays, comme Maurice, le communautarisme, mais dans un sens plus cloisonné, serait selon elle davantage présent.

 

Creative righting : l’art d’écrire

 

Shamima Hansord est diplômée d’un BTS action commerciale et d’une maîtrise en lettres modernes. Elle a enseigné le français à Maurice, a travaillé en tant qu’agent local du développement à la mairie de Saint-Denis, et réalise actuellement une thèse en creative righting  inscrite dans une université en Australie. Excusez du peu…

Elle connaît bien ce pays pour y avoir vécu pendant les sept années durant lesquelles son mari y a travaillé. La creative righting forme des écrivains. Elle a choisit le travail de l’écriture alors que sa mère née à Tamatave n’a pu eu la chance d’aller à l’école. Elle en est à son deuxième roman. « Toutes mes histoires sont sur des kidnappings » s’amuse-t-elle. Ces livres, rédigés en français et dans la langue de Shakespeare, seront bientôt disponibles.

Cette quête perpétuelle de connaissances serait-elle en réalité une recherche de soi ? Suite à ses multiples expériences à l’étranger, Shamima s’est souvent remise en question. Après s’être opposée à ses parents et avoir eu gain de cause, elle cherche à se rassurer sur le fait qu’elle ne renie pas une partie d’elle-même. « Respecter les valeurs que vos ascendants vous ont transmises, cela donne du sens à votre parcour et apporte de l’estime de soi ».  Mais si elle a épousé un homme de sa confession, elle accepterait que sa fille suive une autre voie : « On ne peut pas aller contre la volonté d’un être ». Elle se tourne vers son amie Salima qui elle a choisi de rester durant toutes ses années dans le commerce familial dionysien. Mais toutes les deux partagent la même position quant à la position de la femme musulmane dans la société. Complices depuis toujours, elles considèrent que la question est à trater d’avantage sur le plan culturel que religieux. « Les femmes doivent se battre pour elles-mêmes. Elles doivent agir pour ce qui est important ». Une libération sans reniement.

 

Madiati MALIDI 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Interviews
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