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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:19

Se reconstruire à 60 ans !

 

Jean_Marie.jpgJean Philippe Jean-Marie est l’un des 1615 enfants Réunionnais de la Creuse, « exilés de force » de la Réunion vers la métropole de 1963-1981. Sous l’impulsion de la députée Éricka Bareights,  l’Assemblée nationale vient de leur reconnaître leur statut de citoyens spoliés par l’Etat. Leur porte-parole assistait au vote de cette résolution mémorielle. Après des décennies de combat, le voici enfin apaisé…

 

 

C’est accompagné de sa femme, secrétaire de l’association, que ce militant fait son apparition. Il arbore fièrement un bandana, « le foulard de l’esclave ». Tout commence, dans les années 60,  lorsque son père, à l’époque chauffeur d’autocar « courant d’air », est victime d’ un accident dans les rampes de Plateau Caillou. Plusieurs enfants périssent, comme en témoignent aujourd’hui les petites croix installées à cet endroit.  Malgré le constat de freins défaillants, il est emprisonné. Ensuite, le petit Jean-Philippe fait l’école buissonnière. Son cartable tout neuf est volé. Ce jour-là, il  reste au Barachois jusqu’à minuit avec sa petite sœur Céline âgée de 8 ans à l’époque. Par peur d’être sévèrement grondé. Le garde-champêtre les attrape. Une enquête des services sociaux est ouverte. L’administration convainc sa mère, qui a la charge de 6 enfants, de la nécessité de son placement dans un foyer. Jean-Philippe Jean-Marie affirme pourtant que, grâce à la solidarité familiale de l’époque, sa maman aurait pu faire face à la situation : « Nous étions bien entourés »., martèle-t-il. Selon lui, la Dase aurait utilisé une simple bêtise pour l’enlever à sa famille. « A seulement 9 ans, on m’a fait passer pour un turbulent, un délinquant en devenir !». Il est envoyé à l’APECA d’Hell-Bourg. Établissement qu’il compare à un lieu d’«emprisonnement carcéral ». Pour survivre, il négocie sa protection avec les grands en échange de nourriture, prend des coups, découvre la violence et l’humiliation extrêmes. Devenu pupille de l’Etat, il n’est plus sous l’autorité parentale de sa mère. Nous sommes en 1966, il a 11 ans. Tout s’accélère alors. Il se retrouve dans un  avion, arrive à Guéret le 12 octobre dans une famille du petit village de Chatelet. «Un bel endroit », admet-il. Mais durant de longues journée, le voici réduit au rôle « d’enfant à tout faire ». Il découvre également le travail dans une pâtisserie.


 

« Le  roi de l’évasion »


Quelques jours plus tard, il s’évade. Ce Tom Sawyer péi n’en est pas à son coup d’essai. Il se souvient qu’à l’âge de 9 ans, voulant reconquérir sa liberté, il s’était échappé d’Hell-Bourg pour retrouver sa famille à Saint-Denis. Mais avait été rattrapé.

En 1975, année de sa majorité, 21 ans à l’époque, il s’engage dans l’armée où il apprend à lire et écrire. Il retrouve sa liberté. C’est avec une certaine émotion que ce « déraciné » renoue avec ses origines, et foule à nouveau son île en 1987. Alors qu’il est devant son poste de télé, une émission l’interpelle. Dans un reportage il aperçoit des anciens camarades. « J’ai découvert ma propre histoire à la télé », explique-t-il, avec cette force tranquille de celui qui veut décrire l’indicible. Dès lors, il débute son combat en 1995 et crée l’association Rasinn Anler . Son rôle :rassembler cette « grande famille », que sont les enfants réunionnais « déportés » de force.  Il maintient le terme, contesté par certains, se référant à la définition littérale du terme. Obtenir une réparation morale, un enjeu capital.


« Les Réunionnais également complices »


Malgré tout, l’enfant de la Creuse n’en veut ni à sa mère, ni aux autres parents. « Ils ont laissé partir l’un pour sauver les autres », justifie-t-il. Les parents subissaient de fortes pressions. Il n’en veut pas non plus à ceux qui ne comprennent pas sa lutte ou ses revendications. « Ce n’est pas que de la faute de Debré, certains Réunionnais sont aussi coupables », lance-t-il le visage fermé. Néanmoins, le Dionysien reste objectif. Il n’occulte pas le fait que pour plusieurs enfants, cette expérience fût positive. Il cite notamment le cas de Valérie Andanson,  la vice-présidente et la chargée de communication de son association. « Une femme brillante, tombée dans une bonne famille ».

Père d’une fille de 18 ans et d’un fils de 23 ans, ce papa militant n’oublie pas le contexte actuel de l’île. Il n’est pas opposé à la mobilité. Car il en est conscient : «La Réunion n’est pas extensible, l’être humain l’est ». A condition d’être motivé. Mais, en même temps, il préconise des mesures d’aide au retour, pour ceux qui le peuvent.

Actuellement sans emploi, il consacre tout son temps à cette cause. Il désire que l’histoire des enfants de la Creuse, avec la salutaire résolution de l’Assemblée, fasse jurisprudence pour qu’à l’avenir, ces drames ne se reproduisent plus.  

Et le combat continue, l’association sort bientôt un livre avec l’aide de l’historien Philippe Bessière, membre de l’association. « Pour la mémoire ». Car un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. 

 

Fabien FURCY 

 

(Photo Marion Ristor)

 

 

 

 

 


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?

 

 

 


 [BI1]Qui il ? Son père ou lui ?

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Interviews
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