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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 09:10

« Une monnaie qui dépanne »

 

Le 27 septembre, six mille salariés ont manifesté à La Réunion contre la suppression du bonus Cospar. Mise en place pour trois ans, cette prime exceptionnelle disparaît en janvier prochain. Pour Roger, salarié dans une entreprise de Saint-Joseph, le coup est dur.


Famille-Cospar--petit--1.jpgChauffeur routier depuis dix-sept ans… Cela fait longtemps que Roger n'a pas connu d'époque aussi difficile. « La vie est tellement chère que je n'aperçois même plus ce que je touche », raconte le Saint-Josephois. Depuis sept ans, il travaille dans la même entreprise et perçoit le même salaire. L'homme de 42 ans gagne entre 1200 et 1400 euros, bonus Cospar (voir encadré) compris. Il est le seul à ramener un salaire à la maison où vivent quatre personnes. Sa compagne, Brigitte, n'a pas droit au Revenu de Solidarité Active. Son seul revenu, ce sont les 125 euros d'allocation familiale pour leurs deux enfants encore à la case. Le cadet, lycéen, ne bénéficie d'aucune bourse. Parfois Brigitte travaille, des petits contrats de la commune d’une durée de six mois maximum. Durant ces périodes, ils respirent un peu mieux ; sinon, difficile de boucler la fin de mois. Les plaisirs personnels, cela fait longtemps que le couple n'y pense plus, obnubilé par les 150 euros de factures mensuelles, la mutuelle à payer et un crédit à rembourser.

« Les 50 euros du Cospar ne valent peut-être plus rien aujourd'hui, mais ce sont toujours 50 euros de perdus », s'indigne le chauffeur. Sa compagne, assise à ses côtés dans leur garage, renchérit : « Nous tire toujours le diable par la queue, mais c'est une monnaie qui dépanne quand même ». Le quadragénaire, savates au pied, se dit satisfait de la mobilisation des syndicats. Mais il n’y participe pas directement, car une journée de moins, c'est aussi 70 euros de moins à la fin du mois. Un luxe qu'il ne peut se permettre.


« La crise, c'est l'euro »

 

Pour ce salarié, la suppression de la prime Cospar est impensable. Selon lui, les entreprises ne connaissent pas la crise et ont les moyens de maintenir le bonus. « Pour elles, c'est quoi 50 euros ? C'est nous qui les faisons avancer de toute façon », défend le chauffeur. « Si les patrons sont en crise, nous, employés, nous le sommes encore plus », ajoute-t-il. Mais il est réaliste. Ce n'est pas avec 50 euros que son pouvoir d’achat va vraiment diminuer ou augmenter.

Le Saint-Josephois estime que depuis la mise en place de l'euro, la vie devient de plus en plus coûteuse. Si par le passé, Roger pouvait faire la semaine avec ses 50 francs, aujourd'hui 50 euros équivalent à un peu de gasoil, un goûter et un déjeuner pour la journée. Il en est convaincu : « La crise c'est l'euro. Il est trop cher ». Selon lui, la conversion des prix c'est « du vol ». Seul le symbole aurait changé. « Deux euros ce n'est pas deux francs », ajoute Brigitte, lassée elle aussi, de cette « sur-augmentation ».

Après toutes ces années, le couple continue de tout convertir en franc au moindre achat. Une monnaie qui valait beaucoup plus selon eux. Assis à table, sous son garage, le regard fixé sur la route en contrebas, le Saint-Josephois se souvient : « Avant, avec mon salaire de 4200 francs j'étais riche et je vivais beaucoup mieux ».

La meilleure solution, dit-il, ce n’est pas le bonus Cospar, c’est l’élévation de la fourchette des salaires. « Puisque tout augmente, pourquoi ne pas augmenter notre paie aussi ? », s'interroge-t-il. En attendant, le chauffeur roule au ralenti.

 

Précilla ETHEVE

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Eco-social
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