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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:01

Ti bandit devenu grand maloyeur


Michel Fock, plus connu sous le nom de Ti Fock révolutionne le maloya au début des années 80. Il offre un nouveau souffle électrique à la musique des aïeux. Fusion.

 

Ti-Fock_allege.jpg
La question de l'âge, Ti fock a su habilement l'esquiver. Compter le temps n'entre pas dans ses cordes. Il préfère raconter son histoire. Né d’un « « papa sinois » et d’une « momon  kafrine », il revendique son identité métissée. Dernier d'une fratrie de six enfants, il grandit à Saint-Paul dans le quartier de la Caverne, « kartier pechèrs ». Après les décès prématurés de ses parents, et bien qu’élevé par ses sœurs, il manque un peu de repères : « Mi lé té encore un ti bandit » reconnait-il. Il abandonne l'école au cours moyen (primaire). Dans le courant 70, au travers d'un jeune leader politique : Paul Vergès, il découvre la figure d'un guide : « Mi té vien son ban meeting, mi té assise, mi té écoute, té comme si mi lé té sur bancs la fac ». Mais Ti Fock ne se revendique d'aucun parti politique. Malgré l'étiquette de communiste qui lui a été assignée. Si le chanteur estime que la politique est « un métier de pourris », il n’oublie guère le combat de ceux qui ont lutté contre la « répression » du préfet Perreau-Pradier dans la période sombre des années 50. Et le voici évoquant à nouveau le Paul Vergès d’alors, « ouvert sur la région de l’océan Indien, mais pas indépendantiste, comme on l’a dit ».

De sa jeunesse, il retient une existence de bohème. La musique lui permet de récolter quelques subsides : « Na vé band zoreils, té trouv mi lé té doué, té fé joué a moin ». C’est aux côtés de son père, musicien, qu’il monte pour la première fois sur scène à l’âge de six ans. « Lité jouer l'accordéon, mi coné pas ou ça li la apprend ça » se remémore-t-il en souriant. Pourtant le véritable déclic vient de sa « rencontre » (mystique et mythique) avec Jimi Hendrix. Il ajoute sa touche personnelle au maloya : la guitare électrique qu'il affectionne tant. Sa carrière débute alors réellement. La Réunion de l'époque est selon lui « un désert musical ; lavé poin rien ». Il obtient la reconnaissance du public réunionnais mais aussi européen : « Ma fé une tournée de six mois en Europe, kan ma rentré quatre cent groupes té joué comme Ti Fock ». Une reconnaissance inattendue pour le Saint-Paulois : « Ma jamais pensé que la musique noré emmène a moin aussi loin ». D’autant plus que l'artiste avoue faire de la musique pour son propre plaisir. D'où une productivité relativement faible : le temps passé en tournée a empiété sur celui que d’autres consacrent à la sortie d’albums. Il se souvient : « Ban na té dit : ‘ Ti Fock i fé la musique de l'an 2000 ’ ». En 2012, il tente de rester dans le paysage musical réunionnais. Son dernier opus « Gayar natir », plaidoyer pour l’écologie, est composé avec le producteur et musicien électronique Otisto23. Son avis sur la relève musicale locale reste mitigé. Malgré le succès que remporte ces derniers : « Mi trouv zot maloya pas assez traditionnel ».  Or n'est pas ce qu'on reprochait aux mélodies de Ti Fock à ses débuts ? L'arrosé devient arroseur.

Anne Pajaniandy

(Photo Sarah Lévêque) 

« Docker » dan kèr

« Docker » est par excellence le tube de Ti Fock. L'inspiration pour cette chanson lui est venue lorsqu'il menait une vie de vagabond. Il se rendait régulièrement sur les docks du Port, proche de Saint-Paul, parce qu’il pouvait y trouver à se nourrir. Les conditions de travail pénible des dockers l'ont touché. L'image de ceux-ci déchargeant sans relâche les marchandises l'a marqué : « Ma pense que ça té fo mi té utilise ça ». Imagination ou réalité, l'anecdote reste attachante.

 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Culture
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