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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:22

Le rythme du ker

Sayaman.jpg 
De la création à la production, Sayaman exprime sa philosophie de vie à travers son maloya fusion. Rétrospective d’une existence fondée sur les traditions créoles et balancée par le rythme des percussions.


 Dreadlocks rebelles retenues par un bandeau, démarche décontractée et sourire aux lèvres : Sayaman respire le naturel. De son vrai nom Alexandre Le Perff, ce jeune artiste réunionnais voit le jour il y a trente ans dans la capitale de l’île, où il vit toujours aujourd’hui. Un attachement pour ses racines qui l’inspire et qu’il met en lèr dans sa musique entraînante cadencée par ce qu’il appelle le maloya fusion. Un style mêlant le traditionnel et les musiques du monde : « Alain Peters en était le précurseur », reconnaît le chanteur avec un zeste de déférence envers l’une des figures incontournables du maloya réunionnais. Si aujourd’hui, les mélodies de Sayaman s’inscrivent dans la culture de l’île, il n’en a pas toujours été ainsi. « A 14, 15 ans, j’étais plus dans le mouvement hip hop ! J’écoutais du rap sur un petit poste de radio », se remémore-t-il en souriant. C’est d’ailleurs grâce aux textes vindicatifs du rappeur français Akhenaton qu’il prend goût à la création. Une passion pour la musique qui n’est pas forcément du goût des ses parents, tous deux ambulanciers. En effet, elle le pousse même à abandonner ses études la veille du bac pour sauter la mer et mettre le cap sur une école de musique métropolitaine, à Valenciennes. Il y entre en qualité de claviériste et connaît son lot d’adrénaline : « J’ai vraiment pris une claque, y avait un niveau balèze ! Mais j’ai appris beaucoup de choses ».

 

L’inspiration des voyages


Sayaman ne se limite pas à l’éducation académique : pour lui, ce sont les voyages qui ont été sa principe source d’inspiration. « Il faut partir et s’enrichir à travers le monde », affirme t-il avec conviction. Le musicien se rend ainsi deux mois au Sénégal où il vit chez l’habitant : « Là bas, le temps est condensé », évoque t-il, « j’allais chercher de l’eau au puits, j’ai vécu à la sénégalaise ! ». Une expérience, aussi bien humaine que musicale : il rencontre des musiciens avec qui il joue tous les soirs et qui nourrissent sa culture. Il se retrouve ensuite en Australie, où il étudie le métier de technicien du son pendant quelques années. Une étape décisive dans sa vie d’artiste : Perth, carrefour multiculturel, le rappelle à ses racines. « Le maloya me manquait », se souvient Sayaman, qui tient à faire passer un message dans sa musique, malgré les barrières linguisitiques. Le maloya, qu’il qualifie d’universel s’impose donc naturellement.  

 

Maloya son kozé

 

Un goût pour la musique traditionnelle qu’il tient à transmettre : « Le maloya, c’est une racine, il faut l’arroser pour qu’elle donne des fleurs », illustre Sayaman. Autrement dit : la Réunion possède un patrimoine musical riche qui doit être entretenu. De créateur, l’artiste devient producteur. Il met en place son propre studio d’enregistrement « Run Studio », et accompagne des projets musicaux divers. Ce côté autoentrepreneur lui permet ainsi de vivre de sa passion et de la pratiquer quotidiennement, même si ses revenus sont fluctuants et dépendent des événements. La composition fait cependant toujours partie intégrante de sa vie : « Quand t’as goûté à la création, c’est fabuleux, magique ! J’écris parce que j’en ai besoin ». Bien qu’il déplore la manque de moyens financiers mis en place pour la musique à la Réunion, l’hyperactif créatif ne s’inscrit pas dans « la philosophie de l’assistanat » et tient à garder son indépendance artistique. Il garde cependant les pieds sur terre : « La musique c’est un business ! », admet le maloyer, « J’ai fréquenté Kaf Malbar, Zorro Chang, à leurs débuts, je sais comment ça fonctionne. Je dois savoir vendre ce que je fais. » Malgré ces contraintes économiques, Sayaman a foi dans le pouvoir du maloya, ce « mangé pou le ker » essentiel au peuple.

 

 « La Fa Mi »


Si le chanteur a connu le succès en solo, surtout avec son titre « Zion », hymne à la Réunion, aujourd’hui, il s’accompagne d’un groupe baptisé « La Fa Mi ». Un collectif créé entre dallons qui se produit un peu partout dans l’île grâce à un dispositif créé par le Pôle Régional des Musiques : la Tournée Générale. Une manière de valoriser les artistes avec les cafés concerts prêts à entrer dans la danse. C’est également un moyen pour Sayaman de faire davantage connaître sa voix et de rencontrer ceux qui l’ont inspiré, comme l’un des maîtres du maloya réunionnais, Danyel Waro. Mais même si le portail de ce dernier est toujours ouvert, le jeune artiste ne tient pas à le franchir : « C’est comme un superhéros pour moi », plaisante t-il, une icône péi qu’il n’ose pas aborder… L’artiste ne dénie pas la difficulté de son métier et son caractère précaire, mais le prend comme un défi. « Maintenant, mes parents viennent à tous mes concerts, mais au début ça n’a pas été facile ! Quand tu fais ce genre de choix, il faut que tu prouves que tu n’es pas un rêveur », prévient-il. Un combat quotidien que le chanteur transforme en partage : sa prochaine représentation aura lieu lors d’un grand pique nique musical participatif. Rendez-vous est donc pris le 30 mars à Grand Anse, où création et émotion seront de mise. Et l’avenir ? Sayaman ne se voit pas quitter son île, qu’il encense dans « Zion » : « Moin la écoute son fonnker et son larme la enrale a moin dans un romance pou toujours ». Une romance entre Sayaman et la Réunion qui n’est pas prête de s’arrêter, rythmée par les percussions du maloya, le créole « son kozé », et une perpétuelle authenticité. Qui vous remue le ker

 

Maëva PAUSÉ

(Photo Mélanie Grondin)

 

 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Interviews
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