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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:17

« L'arme des sans armes »


Employés de l'Arast, postière de Gillot ou simple habitant des Avirons ont marqué l'actualité de l'île par leur grève de la faim. Un combat médiatisé non sans conséquence sur leur santé. Pourtant, tous en sont venus à utiliser cette forme de protestation. Effet de « mode » ou réel cri de désespoir ?


« Il n'y avait plus d'autre solution ». Les grévistes de la faim sont unanimes, une telle protestation s'emploie en dernier recours. « En utilisant ce moyen qui est l'arme des sans armes, nous interpellons la conscience de la société, commente Paul Junot, secrétaire général de la CFDT et ex-employé de l’Arast. La grève de la faim, en dehors des autres alternative, demeure le seul moyen pacifique d'interpellation des autorités pour sortir d'une crise ou d'un conflit ». Pour Hervé Herfray, qui a cessé de s’alimenter depuis quinze jours, « tout était bloqué au niveau des partis politiques. Je continuerai jusqu'à ce qu'on m'écoute ». Cet habitant des Avirons proteste contre le maire de sa commune qui refuse de lui délivrer les autorisations nécessaires à la pose d’un compteur électrique. Un peu comme si on tirait au canon contre un moustique, la protestation d’Hervé Herfray semble disproportionnée au vu des revendications ; pourtant, l’habitant assure : « J'irai jusqu'au bout de mon combat au risque de mettre ma vie en danger ».


Au péril de leur vie


Les risques sanitaires, les grévistes en ont conscience. « J'étais prête à aller très loin », jure Marilise Poudroux, la postière de Gillot. Celle qui n’avait plus mangé pendant 10 jours pour protester contre sa mutation ne le cache pas : « Dans ces moments-là, on se trouve dans un état second, on sait que les conséquences peuvent être graves mais on essaie de ne pas y penser ». « Les médecins m'ont prévenu, je risque gros, se rend compte Hervé Herfray, mais je compte bien mener ma bataille à terme ». Les risques demeurent bel et bien réels. Priver l'organisme de nourriture l'oblige à puiser dans ses réserves d'énergie et à se mettre en fonctionnement limité. « Les muscles vont s’atrophier peu à peu et le cœur est un muscle, il peut donc s'arrêter de battre, prévient Antoine Chevalier, nutritionniste. Un suivi médical des grévistes de la faim est impératif ».

Mettre sa santé en danger oui, mourir peut-être pas. Paul Junot, ironise : «  Notre vocation n'est pas kamikaze, en aucun cas, je me suis considéré dans une opération suicide qui aurait été à l'opposé même de notre démarche ». La grève de la faim, le syndicaliste l'envisage de manière plus philosophique : « La mort croisera notre route de toute façon, pourquoi en avoir peur ? ». Mais qui dit grève de la faim dit reprise de l'alimentation. Et pour cela il est préconisé de ne pas se « bâfrer ». Boire, voilà la meilleure solution après une longue période de jeûne. « L'organisme n'est plus habitué à recevoir de la nourriture solide, il faut donc reprendre son alimentation petit à petit en commençant par des soupes ou des potages. Il est préférable de ne pas se ruer sur un rougail saucisse », sourit le nutritionniste.


Un vrai combat ?


Pour un employeur concerné ces dernières semaines, qui a souhaité garder l'anonymat, « la grève de la faim est un cas particulier de protestation qui ajoute une pression pour l'entreprise ». Selon cette même source, « cette forme d'action ne rentre pas dans un cadre habituel de relation sociale et demande donc de déployer des moyens spécifiques ». Qui vont de la constitution d’une cellule de crise au déni total… Certains grévistes de la faim ne sont pas toujours pris au sérieux. Michel Dennemont refuse toujours d'entamer une procédure afin que la propriété d'Hervé Herfray soit régularisée. Dix jours de jeûne et une anémie auront en revanche permis à Marilise Poudroux d'obtenir gain de cause. La postière a repris son poste à l'aéroport Rolland Garros lundi dernier. La présidente du conseil général, Nassimah Dindar, dans le cadre du conflit de l’Arast, a accusé Mimose Libel et Paul Junot de se nourrir en cachette. Ils avaient pourtant perdu entre 10 et 12 kilos. Les ex-salariés de l'Arast ont finalement obtenu leurs indemnités de licenciement après trois ans de combat et près d'un mois de grève de la faim…


Christelle FLORICOURT

 


 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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