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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:46

« Nou lé pa z’enfant batar »

 

« Nou va kass tout’, parceke banna la kass nout’ avenir ». Pour Willy, jeune Dionysien de 21 ans, les émeutes qui ont ébranlé l’île il y a deux semaines seraient justifiées. 

 

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Originaire du Moufia à Saint-Denis, Willy est loin de l’archétype du casseur s’habillant en survèt’-casquette-baskets. Il se fond au contraire dans la masse, s’habillant comme Monsieur tout le monde : polo rentré dans le pantalon et tennis de détente. Il habite avec sa concubine et son fils de 1 an dans une tranquille résidence des hauts du Moufia. Vivant de faibles revenus, elle avec des aides de la CAF, lui en travaillant au noir de temps en temps, ils essaient d’offrir à leur fils une existence convenable. Malgré cette vie de famille apparemment heureuse, cela n’a pas empêché Willy de participer aux dernières émeutes au Chaudron.
Il l'avoue : pour casser, pour voler et pour montrer que les « jeunes existent ». Mais pas uniquement. « Nou lé pa kasseur, nou lé émeutié ». « Nou rassemb’ a nou pou fé entend’ nout’ révolte », se défend-t-il. Il se voit comme un « casseur du système ». « Nou kass sak i revien a nou de droit. Mi lé un kasseur de tout’ bann’ injustice, de tout’ bann’ répression », déclare t-il fièrement avant de reprendre : « Si ou demande a moin si ma fini lance cocktail Molotov, mi di a ou oui ». « Kan ou lé pri dan’ lacrymo, faut couv’ out’ nez ek out’ bouche avec un linge trempé dan’ l’eau bicarbonate. Surtout, kan ou lé gazé, met’ pas de l’eau ! Va achève brûle a ou enkor plus », prévient-il. Sur l’intérêt de la casse, il assure : « Nou respek pu rien parce que la société la jamé respek a nou. Domoune i voi uniquement ce ke nou kass. Mais zot’ i voi pas ko fon d’nou, c’est nou lé brisé ». 

 

« Nou respek pu rien » 

 

« Zot i vole l’argent domoune par millions, et zot’ lé mèm pa condamné pou sa. A nou parceke nou brûle deux trois poubelles, i met’a nou la zôle. C’est sa zot’ justice ? », s’insurge t-il. Willy n’hésite pas à pointer du doigt également le reste de la population, qui ne fait rien selon lui pour « faire bouger les choses ». « Kan mi voi domoune i critik a nou et i trait’ a nou de gratèr d’ki, moin néna la rage. Si c’est pa nou pou bougé, kroi pa domoune va levé pou manifesté, mm si zot i trouv la vie chère. Au final c’est des vendu », déplore le jeune père de famille.

 

Pour Willy, ce n’est pas avec la baisse des prix des carburants et des 60 produits de première nécessité, que la situation va changer. « C’est pou bouche nout’ z’yeux sa. Mais le problème du chômage sa zot’ i parle pa », regrette-t-il. Titulaire d’un BEP vente, Willy n’arrive pas à trouver un emploi. « Kosa ou veu mi fé ? Moin la envoy’ un tas CV, et kan néna l’entretien, i refoule a moin. Et crois pas gayn un travay avec la mairie, si ou na poin piston, lé battu,» constate-t-il, profondément déçu.

Le casseur soulève une autre question : « Kréol lé pa traité la mèm manière ke bann’ zore. Anou nou lé condamné subir l’éloignement la famille, la fré, et viv’ dan’ la misère, pendan ke d’autre moune i vien ici, i profit’ soley et i gayn un prime pou la vie cher. A nou z’enfant batar koué ? », conclut-il amèrement. 

 

Samuel IRLEPENNE 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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