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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 18:19

« Nous la pas volé, nou la emprunté »


Au Port comme au Chaudron, des jeunes sont devenus hors-la-loi, le temps d’une nuit d’émeutes. Pourquoi ont-ils dépassé les limites ?


emeutes comp 2« Quand mi fé ça, pou moin, moin la point tor » explique Daniel*. Sous ses airs de plaisantin, le père de famille affirme que les émeutes ont été la seule façon de se faire entendre. A 25 ans, lui et ses amis du Chaudron à peine majeurs s’indignent : « Na pu personne i écoute a nou, nou l’été obligé arrivé là ». Comme la plupart d’entre eux, Daniel a suivi le mouvement.  Au premier abord, c’est la vie chère qui les révolte et le sentiment d’être exclus de la société.


Elisa, titulaire d’un CAP vente, cherche du travail mais dit être renvoyée, même par la mission locale : « Zot i di i fo une remise à niveau. Ou gagne 300 euros par mois, et après ? Ben ou recommence pareil ». Ces jeunes n’ont plus foi en l’avenir et vivotent au jour le jour : « Pourquoi aller travailler si  ou peux même pas sa faire plaisir de temps en temps ? » À demi-mots, le petit groupe de Daniel reconnaît s’être servi : «  Nou la pas volé, nous la emprunté à long terme ».  Avant que l’un d’entre eux ne sorte un hélicoptère télécommandé...


Au Port, Jean Luc et Roland côtoient les jeunes émeutiers tous les jours. « Quand les parents i gain pas offrir, fo trouve une autre solution, alors les jeunes i vole » explique Jean Luc. Bijoux, parfums, tout est bon à prendre. Ces larcins, les jeunes finissent souvent par les revendre pour s’offrir le vrai objet de leur frustration. Roland lui même avoue en pointant son téléphone : «  Sa c’est du business sa ». Les pillages ne sont pas nouveaux pour le trentenaire. Il y a quelques années, il se souvient d’un cyclone en vue, des renforts de police retenus à Saint Denis… « Moi la vu un tas de moun remonter avec des chariots pleins. Moi la parti prendre aussi ». Excitation, phénomène de groupe… Les valeurs morales sont mises de coté. « Ou réfléchi pas dans ces moments là, mi pensais juste à pas faire prendre a moi. Moi la pri tout ce que moi la pu et après moi la revendu ».


D’après Roland, ce système est connu de tous les habitants des quartiers populaires du Port. Même les parents se prêteraient au jeu en achetant les produits volés, « trois fois moins chers qu’en magasin ». Certains même participent aux casses, ou se montrent solidaires : « Quand la commence avoir z’arrestations, le monde té rouv zot portail pou dire allez cachette. A coz bana i pren pa le z’enfant par le zoreil avant tout i commence ? »

 

Sarah BARET

* prénom d'emprunt

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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