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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 07:46

" Ça ne brûle pas "


Dimanche dernier, la communauté tamoule de Sainte-Marie a honoré la déesse Pandialé avec la traditionnelle et spectaculaire marche sur le feu. Une vingtaine d’hommes ont prouvé leur foi en marchant sur des braises, à l’approche du nouvel an tamoul le 14 avril.


marchefeupetit.jpgChaque année, cette cérémonie très particulière vient marquer la fin d’une période de carême de 18 jours. Durant ce temps de privation, les futurs marcheurs suivent un régime végétalien : ni œuf, ni viande, ni poisson ; ils ne se nourrissent que de légumes pour se préparer psychologiquement et physiquement. Tirée du Mahabharatha, le plus grand poème épique de la mythologie hindou, la marche sur le feu est symboliquement dédié à la déesse Pandialé. Gilles, fervent pratiquant au temple de la rivière des Pluies, raconte : « Pandialé a dû marcher sur le feu pour prouver à son mari qu'elle lui était restée fidèle et pure ».

17h30 au temple tamoul de la Rivière des Pluies : familles, pratiquants, touristes et curieux, ils sont plus de 300 à attendre les pénitents pour la fameuse marche sur le feu. Zoé, 28 ans, en vacances pour 15 jours à la Réunion, est impatiente: « C’est quelque chose que nous n’avons pas la chance de voir en métropole. Cela me parait surprenant et intriguant à la fois ». Pas de chance, la pluie s’est invitée. Pendant que le bois se consume dans un brasier, appelé « tikouli », les marcheurs se sont rendus sur les berges de la rivière des Pluies. Sous les yeux de la divinité dont la statue a été conduite jusque là dans un char, le prêtre procède à un dernier rituel de purification.

18h des pétales de fleurs ouvrent la marche. Au rythme du son des tambours sacrés, la procession fait son apparition au temple et entoure l’enclos réservé à la marche sur le feu. Coïncidence, la pluie s’est arrêtée de tomber. Le « tikouli » est devenu un vaste tapis de braise et de cendre. Certains portent au-dessus d’eux un « karlon », une construction conique de fleurs représentant une divinité hindoue.  Seules les proches des pénitents peuvent s’asseoir autour de l’aire sacrée du carré de braise.

Quelques minutes plus tard, on procède à une dernière bénédiction des lieux et des participants. Le prêtre vêtu d’une tunique couleur safran est le premier à montrer la voie, traversant le brasier d’un pas calme et assuré. Le public retient son souffle, sous le regard de la divinité représentée par une imposante tête rouge. Dans un silence attentif, un homme s’élance les yeux fermés mains jointes. Un autre prend la relève, les bras écartés, le regard vers le ciel, mais toujours lentement, sans montrer ni crainte ni douleur. Il paraitrait que celui qui se brûle ou qui traverse en courant n’aurait pas bien respecté son carême.

Le son des tambours reprend. La nuit est tombée, le public commence à se disperser petit à petit, tandis que les marcheurs et les femmes se rendent au temple. Certains  d’entre eux vivaient cette expérience pour la première fois, pour d’autres cela semble une vieille habitude, comme Radjiah, 21ans : « On marche sur le feu pour prouver sa croyance, se purifier ou pour obtenir quelques chose. Ça ne brûle pas, si vous avez la foi ».

Murielle HAN-KWAN

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Culture
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