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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 13:14

Les stéréotypes prennent racine

 

Discours politiques, chansons créoles, littérature locale : les Réunionnais n’ont pas peur d’exhumer le passé. Pour se dédouaner des accusations les plus injustifiées, rien ne vaut un bon vieux rappel des douleurs subies par les ancêtres au temps des colonies.

A la Réunion, il est de bon ton d’avoir un esclave dans le placard. Construction identitaire ou victimisation outrancière ? Les vieux clichés ont souvent du succès et les personnalités locales l’ont bien compris. On s’étonne cependant de constater qu’un passé si douloureux a cela de merveilleux qu’il rend imperméable aux critiques éventuelles.

Durant la campagne des législatives, un certain Roger Orlu, du journal Témoignage, s’en est pris à Huguette Bello, comparée aux  « collaborateurs des nazis dans la France occupée de 1940 à 1945 ». Un commentaire pour le moins navrant. La députée maire de Saint-Paul, émue, s’est insurgée à juste titre : « Moi qui suis une arrière arrière petite fille d’esclave, et qui suis une fille de la colonie... Comment peut-on écrire une chose pareille ? » Comment peut-on en effet ? Voilà un argument imparable, qui donne à réfléchir sans doute, puisqu’une telle réponse n’étonne personne. Pourtant, cette revendication identitaire résonne un peu à la manière d’un de ces faux plaidoyers : « Je suis noir, comment peut-on m’accuser de racisme ? », ou autre argumentaire basé sur des considérations généalogiques qui n’ont pas grand sens.

À croire que les descendants d’esclaves seraient exempts de défauts, intouchables et inattaquables en raison même d’un statut dont ils ont hérité, d’une Histoire à laquelle ils n’ont pas pris part. Certes, l’on ne peut que donner tort aux détracteurs d’Huguette Bello, mais la réponse de l’élue laisse perplexe.

La politicienne n’est pas la seule à invoquer ses aïeux dans une posture de défense. Pour Jacqueline Andoche, anthropologue, rien d’étonnant à cela : on peut parler d’une « idéalisation des racines, c’est dans l’air du temps, ce n’est pas spécifique à la Réunion : ailleurs aussi on cherche à s’inscrire dans une identité ». Une construction culturelle locale dont on ne se lasse pas, scandée régulièrement sur les airs de maloya d’un Danyel Waro, où la « misère » des ancêtres se chante avec joie. Pour Alexandra Affidou, présidente de l’association Rasin Caf, « il ne faut pas aller dans la victimisation ou la revendication, mais voir le passé simplement comme une force ». Eric Murin, du Conseil Représentatif des Associations Noires de la Réunion, est bien d’accord : « Je suis descendant d’esclaves, c’est important de le ramener ! ».

Enchaînés au passé, ces palabres autour des ancêtres colonisés ne sont pas sans rappeler un certain Elie Taïeb. L’ancien porte-parole du Front National à la Réunion, lui aussi, n’hésitait pas à ressortir théâtralement ses ancêtres juifs du placard pour parer à toute accusation d’antisémitisme. Face à de tels arguments, forcément, nous voilà convaincus. En attendant, c’est dans l’enthousiasme général que le Réunionnais s’applique à devenir esclave de ses propres racines. 

 

Salomé VIENNE

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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Patrick 08/02/2013 13:56

Je trouve très perspicace et intelligent la manière dont vous avez su démontrer la bêtises des dires de chacun: d'un côté des calomnies gratuites et de l'autre une défense sans fondement fondée sur
une soit disant filiation des souffrance et mérites. Néanmoins vous tombezvous aussi dans une facilité. Alors que viens le moment de la chute, c'est en utilisant une généralité abusive et donc
déplacé que vous nous laissez: "En attendant, c’est dans l’enthousiasme général que "LE REUNIONNAIS" (?!) s’applique à devenir esclave de ses propres" racines.

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