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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:49

 « J'étais complètement mort »

 

La tentative de suicide d'un professeur de mathématique dans un lycée de Saint-André à la rentrée, est révélatrice d'un profond malaise dans la profession.

 

medoc.jpg« Je me suis retrouvé plusieurs fois aux urgences...» Patrick*, 31 ans, enseignant en maternelle, brosse le tableau avant de souligner au crayon rouge : « On nous flique, on nous matraque ! » Patrick débute en 2007 à Sainte-Marie. Très vite, l'immersion se transforme en douche froide. Matériel manquant, élèves en difficulté, le jeune professeur s 'investit à fond, même financièrement. « Plusieurs fois, il m'est arrivé d'acheter des livres pour les enfants. Dire que l'IUFM nous fait miroiter un métier facile avec beaucoup de moyens ». C'est à la rentrée suivante que le calvaire commence. Patrick collectionne les heures supplémentaires. Il gère trois classes dans deux écoles différentes. Sa vie professionnelle prend le pas sur sa vie privée et son état de santé se dégrade. « On travaille six heures par jour avec les gamins. Je faisais plus du double. A force, je n'étais plus productif. Mon médecin m'a envoyé chez un psychiatre et j'ai dû m'arrêter quelques temps ».

Fruit du hasard, il doit subir au même moment une inspection académique, qui a lieu généralement tous les trois ans. Ses collègues font monter la pression. « Tiens toi prêt, ils cassent tout le monde ! », préviennent-ils. « Je me suis senti comme une merde, confie Patrick, qui tente à trois reprises de se suicider. J'étais complètement mort . Ma femme ne supportait plus de me voir constamment au lit. On s'est séparé ».

Pas assez de médecin de prévention

Le constat est le même pour Adrien, qui enseigne depuis 20 ans. « Les tâches administratives sont de plus en plus lourdes ». Cet instituteur doit gérer à la fois une classe et son école. « Un jour par semaine, j'endosse le rôle du directeur. A la rentrée, je me suis occupé de la mise en place de l'année scolaire, des réunions avec les professeurs, les parents, en plus de l'organisation des cours ». Sur le plan personnel, Adrien vit aussi des moments compliqués. « Quand je rentre chez moi, je suis déjà dans la journée de demain. Chaque nuit, je me réveille aux alentours d'1h du matin et je note sur un cahier près de mon lit les choses à faire au bureau ». Un soir, l'enseignant craque. « Je suis tombé en larmes. Je ne pensais pas que cela m'arriverait un jour. Ma femme m'a demandé de ne pas y retourner », raconte-t-il. Ravalant son orgueil, celui qui n'avait jamais passé de visite médicale tout au long de sa carrière doit prendre un congé d'un mois.

Les professeurs sont bien souvent isolés. « Les enseignants en souffrance peuvent se manifester au près du médecin de prévention », rappelle le service social et de santé du rectorat. Mais selon Jean-François Rialhe, le secrétaire général du Syndicat des enseignants, le système est inefficace. « Rien n'est fait au niveau de l'administration, accuse-t-il. Chaque médecin de prévention gère en moyenne 1500 agents. » Ces derniers n'ont d'autre choix que de se faire arrêter. « On oriente les collègues vers l' unité de victimologie à Bellepierre où ils sont pris en charge par un personnel spécialisé. Il y a une augmentation par rapport à l'an dernier », constate Didier Gopal, secrétaire départemental du Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles. Il est difficile de mesurer réellement l'ampleur du phénomène. La dépression est un peu la maladie honteuse. Bon nombre d'enseignants dissimulent encore leur mal-être, craignant de devenir les pestiférés de la profession.« Avec le recul, ce n'est pas le boulot que j'aurai choisi, reprend Patrick. On travaille sans arrêt avec une épée de Damoclès sur la tête. Le pire, c'est que les parents nous prennent pour des glandeurs ! »

Flavien OSANNA

 

* Les prénoms ont été changés.

 

L’enseignement en détresse

 

Selon la dernière étude menée par l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) en 2002, le métier d'enseignant est le plus exposé au suicide : 39 cas recensés sur 100 000 enseignants, lesquels sont près de 800 000 en France. Le Ministère de l'Education nationale avance quant à lui un ratio de 6 suicides pour 100 000... Devant la colère des syndicats, le ministère a réalisé en 2008 un sondage auprès de 1 200 enseignants. Ces derniers sont unanimes : la quasi-totalité (93%) estime qu’un malaise existe réellement et 30% d’entre eux songent même à cesser d’enseigner.

Samuel IRLEPENNE

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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sené christine/association noélanie 10/10/2011 05:45


bonjour, en tant que maman et présidente de l'association noélanie,
association créee afin de lutter contre les violences scolaires suite au décés d'une petite fille de 8 ans étranglée dans la cour de son école...
je compatis au mal etre des instituteurs, nous recevons nombreux témoignages identiques a l'objet de votre article, leur métier n'est pas facile, mais celui d'un ouvrier ou d'une caissière non
plus! ils ont beaucoup de vacances "payées" etc... dans toute les professions il y a des personnes qui vivent mal leur métier , sont dépressifs et suicidaire. ceci dit il n'est pas normal que ceux
qui souffrent de leur condition de travail soit laissé de coté de la sorte. le problème, c'est que cela touche aussi les élèves, victimes de violences scolaire et de jeux dangereux a l'école...et
là , le plus souvent les enseignants "blasés" pour X ou Y raisons préférent fermer les yeux , ho non pas tous! mais enormément! "o combien", nous ont témoigné etre impuissant face a ce fléau, dés
lors qu'ils souhaitent agir, ne pas avoir non plus le soutien des rectorats.... des 2 cotés c'est l'abandon, un adulte saura pour sa part trouver des moyens de se proteger bien plus qu'un
enfant!
notre combat est bien entendu pour les enfants victimes ,les laissés pour compte de cette société qui va mal et ne les protègent plus! hormis "thériquement" sur le papier, mais bien sure
difficilement , voir impossible a appliquer. (voir les circulaires ministerielles qui preconisent les obligations lors de faits de violences!).
voici ci dessous le lien du jt d'antenne réunion du 28 septembre 2011. 2h d'interview d'enfts, de parents...pour 1.30minute de diffusion, mais finalement suffisant pour alerter sur ce fléau ici a
l'ile de la Réunion.

http://www.linfo.re/Le-drame-des-jeux-dangereux?ps=391955

sur le site de l'association noélanie
www.noelanie.unblog.fr
vous trouverez plusieurs réactions a ce reportage,dans la rubrique "revue de presse".; egalement plusieurs témoignages dans l'ile "temoignages violences".

mes conclusions , qui n'engagent que moi, bien entendu:
au sujet de l'objet de votre article:
"des enseignants qui n'arrivent pas a travailler parce qu'on ne leur donne plus les moyens de le faire= blasés +++ = devenus de simple carrièristes foutistes +++ pour ceux qui sont les plus fort
(un investissement minimum pour se préserver ce qui est comprehensible!) et les derniers sont "si" deprimés/écoeurés et suicidaires...
comment peuvent ils etre de bons instit ayant en charge nos enfants dans de telles conditions?
ils faut impérativement que ceux qui souffrent soient entendus pour eux meme, et pour nos enfants!
il existent grand nombre d'enseignants heureux pour leur part, et non dépressif...pour encore combien de temps?


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