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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 07:00

« Moi aussi, j’ai peur de la mort »

 

Frédéric Métro, 28 ans est « croque-mort » ou plutôt « maître de cérémonie funéraire » depuis 5 ans. En relation quotidienne avec la mort et la souffrance des autres, il doit faire preuve d’un bon équilibre psychologique.

 

Croquemort-PETIT.jpegLa mort arrive même quand on ne l’appelle pas. Chemise mauve méticuleusement repassée, fine barbe soigneusement entretenue, lunettes solaires sur la tête, Frédéric Métro, employé d’une pompe funèbre du Sud, est lui souvent le premier à être appelé : la nuit, le week-end, les jours fériés… On le prévient d’un décès, il se rend alors sur les lieux, pour le transport du corps, la préparation des funérailles et de l’enterrement : table réfrigérante, candélabres, statues religieuses... « J’ai toujours mon téléphone sur moi. J’ai la sensation d’être utile, mais ce n’est pas évident psychologiquement. Il faut pouvoir gérer, être rapide, alors que les gens ne savent pas tout… » Depuis qu’il a vu des corps en état de décomposition, le jeune Tamponnais souhaite être incinéré, « parce que je sais ce que devient un corps ». Hésitant, le regard vide comme s’il avait un cadavre sous les yeux, il décrit « une odeur horrible, la bouche remplie de vers et de toutes sortes de bestioles, la peau qui se déchire, le corps qui grossit…» Lui-même était loin de s’imaginer qu’un corps puisse devenir dans cet état. « Je pensais qu’on devenait poussière, c’est ce qui est dit », confie-t-il avec un sourire au coin de la bouche. Il faut savoir trouver les mots auprès des familles. « Elles nous demandent comment c’était, explique-t-il ; on est obligé de mentir parfois ».

 

« La sensation d’être utile »

 

Suicide, meurtre, complications familiales, maladie, accident de la route… Amené chaque jour à être en présence de gens dans la peine, Frédéric Métro doit faire preuve d’une force morale indispensable. Le Tamponnais ne se charge pas seulement de transporter les corps, il est aussi amené à discuter avec les familles, souvent paniquées, en détresse. « De temps en temps, pouvoir dire ce qu’on a vu et ressenti et vider un peu son sac font du bien. Ça reste des phrases, le plus dur c’est surtout ce qu’on a vu. Mais ce n’est pas insurmontable ». Il part régulièrement en voyage. « C’est important pour me ressourcer ». Son enfant de 5 ans sait que « Papa enterre les morts». Les yeux attendris en pensant à son fils, le croque-mort confie, amusé : « En fait, lorsqu’il y a des meurtres ou de réquisitions de gendarmerie, on passe aussi à la télé. Mon fils a pu me voir deux ou trois fois à cotés des gendarmes il était content. Il est persuadé que je travaille avec eux ».

 

Frédéric Métro se compare plutôt à un pompier, même si lui ne sauve pas des vies. Et d’ajouter : « Moi aussi, j’ai peur de la mort »… Un sentiment qu’il assume quotidiennement, sans rien ne laisser paraître.


Murielle HAN-KWAN

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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