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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 08:50

D'Oran à Saint-Gilles, le marathon d’une vie


Depuis son Algérie natale jusqu’à La Réunion, Francis Montoya n’a jamais perdu son souffle.


Francis Montoya

"À l’aube de ses 70 printemps, le regard rieur, la parole facile et franche, c’est tout cela qui fait de Francis Montoya la preuve que « la vieillesse, c’est dans la tête ». Pourtant la route fut longue entre son Algérie natale et Saint-Gilles, son lieu de résidence actuel.

C’est à Oran qu’il voit le jour en 1943. Fils d’une mère au foyer et d’un père ouvrier, il se définit comme « un gamin des rues » mais aussi  « un gosse de la musique ». Son père, batteur, lui transmet sa passion pour le rythme et la note juste. Mais alors que celui-ci espère voir son fils devenir accordéoniste, c’est vers la clarinette que se tourne son oreille. De la clarinette au jazz il n’y pas qu’un pas, que le jeune musicien franchit avec l’aide de son père qui consent à lui offrir son premier instrument. « Pour 25 000 F »,  une somme conséquente à l’époque.

A 16 ans il donne son premier concert à Oran. Nous sommes en 1959, en plein conflit armé entre le FLN et l’armée française. Conflit qui se terminera  en 1962,  avec l’indépendance de l’Algérie. Pour Francis Montoya c’est également l’année de son départ pour la France métropolitaine - un départ non souhaité. « Les militaires français sont venus me chercher chez moi. A 10 h j’étais à Oran, à 16 h j’étais dans une caserne en métropole » se souvient-il. Déchirure éprouvée par tous les « pieds noirs » de l’époque comme on les appelle alors : « L’Algérie était mon pays et je voulais y rester ».

Après un passage de deux mois en caserne durant lesquels il intègre l’orchestre militaire, Francis Montoya quitte l’armée. Il  passera par Tours, puis Paris où il fréquente les clubs de Jazz. De retour en Indre et Loire il forme un orchestre avec lequel le jazzman parcourt une grande partie de la France pour animer les bals d’antan entre 1965 et 1972. Suite à cette aventure musicale il se recentre sur son premier amour : le New Orléans. Il restera fidèle à cette musique traditionnelle, n’appréciant pas beaucoup le jazz fusion. Et ne lui parlez pas non plus de musique arabe ou de maloya, ce n’est pas son « truc ». Et de citer son amie Bernadette Ladauge grande défenseuse du séga.


"La course, c'est ma drogue"


  C’est à cette période que la course à pied se glisse dans la vie du musicien. D’abord une alternative au tabac, « la course est devenue ma nouvelle drogue » sourit-il. Apres plusieurs années à parcourir le monde des marathons internationaux, le jazzman a foulé le bitume de New-York, Paris, Berlin, Chicago, Florence, Stockholm… sans jamais retoucher à la cigarette.

Son arrivée à la Réunion en 1985, lui offre un nouveau terrain de jeu qu’il ne se prive pas d’explorer. Après près de trente années de vie dans l’île, il a parcouru huit fois le grand raid ainsi qu’une grande partie des courses de montagne réunionnaises.

Aujourd’hui l'ex professeur d’espagnol, père de trois enfants - et grand-père de trois petits-enfants - a pris sa retraite musicale après s’être produit dans « tous les hôtels de l’île ». Mais en ce qui concerne la course le septuagénaire ne renonce pas, bien au contraire. « Il me faut absolument bouger pour me sentir bien dans ma peau » écrit-il sur son site internet.

Bouger certes, mais pas partout.  Lorsque l’on aborde la question d’un possible retour dans son pays natal, il répond que le régime politique d’aujourd’hui ne l’incite pas à tenter l’expérience, que ses souvenirs luis suffisent. Tout en précisant quand même qu’il « ne passe pas une journée sans penser à l’Algérie ». On n’oublie jamais son enfance.

 

Corentin ARNAUD

 (Photo Lorenza Dormeuil)

 

 

 

 

 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Culture
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