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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 07:40

La Réunion coupée en deux

 

Selon l’enquête de l’INSEE  53% des Réunionnais n’utilisent que le créole pour s’exprimer. Un choix ou une incapacité à s’exprimer en français ? Peut-on vivre, s’insérer en utilisant une seule des deux langues ?


Peut-on ne parler que français ?


 Ils ne sont que 3% de la population à parler uniquement français à La Réunion rapporte l’INSEE (Institut Nationale de la Statistique). Nicolas, 33 ans, est l’un d’eux. Aucun mot de créole n’est toléré dans son foyer. De père métropolitain et de mère réunionnaise, il pense que le créole « nuit au développement de l’île ». Il explique : « Dans la vie de tous les jours, on doit savoir bien parler, c’est important. Avec mes enfants c’est pareil, je les punis si j’entends du créole ». Pour lui, le créole n’est non seulement inutile, mais quasi nuisible à une bonne intégration. Radical.

Virginie, 22 ans, est du même avis, ou presque. La jeune Réunionnaise est revenue habiter sur son île il y a sept ans. « Je trouve ça inadmissible de parler créole. Nous sommes un département français, le créole n’est qu’un patois ». Et de continuer : « Si j’avais le choix, je le banniraisJ’ai vécu plus de dix ans en métropole et pourtant je ne suis même plus sûre de savoir si un mot est bien français ».

Du côté de certains zoreils, en revanche, parler uniquement français reviendrait « à se mettre en retrait par rapport à la culture réunionnaise », estime Mathilde 27 ans.« Quand je vais à la boutique du coin ou au marché, j’avoue que j’ai du mal ». Professeur de technologie, elle raconte : « Ce sont mes élèves qui m’enseignent le créole ». Elle  ajoute : « Même si je ne parle que français, il faut au moins comprendre le créole pour vivre ici ».

Pour d’autres, à chaque situation, la langue appropriée. Patricia, secrétaire, répond simplement : « Quand je suis au travail, je préfère parler français. C’est plus professionnel ». Le créole servirait davantage aux conversations privées ou familiales. Ce « code switching » reste une tendance forte. 38% des Réunionnais parlent les deux langues. « Moi j’aime faire un mix des deux, quand je suis en colère c’est le créole. Allé tire un feuy aura plus de force qu’un simple fiche moi la paix », s’amuse Stéphane, 19 ans.

Dominique, elle, ne prend pas le sujet à la légère. C’est avec colère que l’agricultrice défend le créole : « Kan ou lé un vrai Réunionnais ou doit konet out lang. Nou lé La Réunion, nou doi koz kréol ».

Peu importent les situations, si le créole était employé par tous, le français ne serait plus utile. Radical…

Peut-on ne parler que créole à la Réunion?

Connue sous le nom de Madame Charly dans son quartier des hauteurs de la Confiance à Sainte-Marie, Thérèse, 73 ans ne s'exprime qu'en créole. Impossible pour elle de faire des démarches administratives seule. « Mi comprend un peu français quand lé pas ban mots trop compliqués. Mais mi cose pas du tout, ma même pas envi d'éssayer tansion y fait honte a moin », avoue Thérèse.  Aussi, c’est sa fille Claudette qui l’aide. « Quand il faut lire ou remplir un papier administratif, je suis obligée de le faire. S'il ne fallait parlait que français à la Réunion, beaucoup de monde ne parlerait plus du tout », témoigne cette dernière.
Paul Soupe le délégué régional de la lutte contre l'illettrisme, comprend bien la situation de Thèrèse : « Certains créoles éprouvent une certaine pudeur à parler français. Surtout les garçons, qui se font presque moucater par leurs camarades quand ils utilisent le français ».
D’une certaine façon, c’est le cas de Kévin, étudiant en Lettres de 22 ans. « Ce serait irrespectueux de parler créole avec tout le monde. Moi, je ne l’utilise qu’avec mes proches, c’est une langue intime ».
Pour autant, l’utilisation du créole est parfois un passage obligatoire, et même bienvenu. Comment traduire « cari » ou « rougail » ? Quand Anny Grondin conte une de ses histoires, elle utilise des expressions créoles qui n’ont aucun équivalent en français. « Kriké, kraké », par exemple, pour débuter le conte. « Les deux langues n'ont pas les mêmes fonctions, les mêmes utilisations, le même statut, la même reconnaissance. Ce sont deux langues qui évoluent et cohabitent tant bien que mal », juge-t-elle.

Sully Andoche, un autre « rakontèr zistoir », renchérit : « Ban zistoir, zéspresion, provèrb toussala en langue créole » sont des outils qui permettent de « définir l’univers créole ». Ne serait-ce qu’à ce titre, la langue péi est indispensable à La Réunion.

 

 

Maureen AJIRKAN

et Johanne RAMASSAMY 

 

 

 

 

Oui au créole à l’école

Depuis 2001, les établissements scolaires du premier degré peuvent proposer soit un enseignement en langue vivante réunionnaise, soit un enseignement bilingue créole/français. Dans le secondaire, une option « Langue et culture régionales » est proposée. L’enquête IPSOS réalisée en 2009, révèle que 61% des Réunionnais sont pour le créole à l’école. Camille, enseignante dans le secondaire accepte le créole de la part de ses élèves : « Tant qu’ils comprennent ce que je veux dire je ne vois pas le mal, créole ou français c’est le résultat qui compte ». Alors que 38% des Réunionnais sont contre, le débat continue de faire rage. Lofis la lang kreol, situé à Saint-Leu, travaille à la cohésion du français et du créole dans la société réunionnaise. Son credo ? « Il ne s’agit pas de faire l’hégémonie du créole au détriment du français et vice-versa mais de défendre l’une des valeurs de la Réunion, sa langue ». 

 

 

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Société
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