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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 08:51

Faut-il nationaliser les banques ?

 

Le président de la Commission européenne appelle les États à recapitaliser les banques de toute urgence. Une solution déjà appliquée dans le passé. Philippe Jean-Pierre, professeur des universités, agrégé d’économie, ne serait pas opposé à une réelle « nationalisation sanction ». Olivier Hélias, professeur certifié en économie-gestion, est moins radical.

 

Philippe-JeanPierre2petit.jpgOlivier Helias économiste AFpetit

 

- Faut-il aller aujourd’hui plus loin qu’en 2008 pour sauver les banques ?

 

Philippe Jean-Pierre : En 2008, nous subissions la crise des subprimes de 2007 (ces crédits accordés à des foyers américains peu solvables qui ont provoqué une crise financière mondiale). Les États ont injecté du capital dans les banques pour stopper la crise. Aujourd’hui, nous sommes victimes du « cas grec ». Nos banques ont prêté de l’argent à la Grèce, en toute connaissance de son instabilité financière. Le pays aura du mal à rembourser, on le sait, tout comme l’Italie, le Portugal… À force, les banques ne vont plus se prêter d’argent, et l’économie sera à nouveau paralysée.

En 2010, sous l’impulsion notamment du G20, les accords de Bâle III ont été signés. Des règles prudentielles mises en place pour encadrer la recapitalisation, mais applicables qu’à l’horizon 2013-2015… C’est pourquoi il faut que l’État intervienne maintenant, mais de façon plus draconienne. L’État doit entrer au conseil d’administration de ces établissements. Nationaliser est une contrepartie « sanction », nécessaire, à mon sens, pour que les banques prennent conscience de leurs limites d’action.

Olivier Hélias : En 2008, c’était l’urgence. Les États ont renfloué le capital des banques, ce qui a permis d’éviter la faillite de certains établissements et surtout une panique généralisée. Aujourd’hui, nous essayons d’anticiper une crise. Les banques ne sont pas au plus mal. Les actifs risqués provenant de l’emprunt grec ne devraient pas les ruiner. Cependant, recapitaliser rassure, à la fois les marchés mais aussi l’opinion. Et en matière d’économie, la confiance est un facteur fondamental. De plus, recapitaliser permettrait aux États, par des prises de participation dans les banques, de mieux contrôler leurs actions et d’orienter l’activité bancaire. Recapitaliser à plus de 50%, c’est nationaliser, et personnellement, je suis contre. Je pense que ce n’est pas le rôle de l’Etat, que cela coûterait cher, et que le retour sur investissement ne serait pas garanti. Pour preuve, les dernières nationalisations de 1981 n’ont pas montré l’efficacité de l’État.

 

- Christine Lagarde, directrice du FMI, estime que les banques doivent d’abord chercher à se recapitaliser elles-mêmes avant qu’une aide publique soit envisagée…

 

P.J-P : Christine Lagarde sait bien comment s’est passée la dernière crise. L’État est venu recapitaliser les banques en pleine crise, et elles en ont profité pour distribuer des dividendes. La directrice du FMI les met en garde. Elles doivent avant tout essayer de récupérer des capitaux auprès de leurs actionnaires. Elle leur demande d’assumer leur gestion. Si quelles que soient vos erreurs, vous savez que l’Etat va vous aider, vous ne faites aucun effort, c’est cela que Madame Lagarde essaie de prévenir.

O.H : Ses propos sonnent comme une stratégie de communication. Elle demande aux banques, et donc à leurs actionnaires, d’assumer leurs erreurs. Cependant, est-ce que ce sont les banques qui ont pris des risques inconsidérés ou, est-ce l’État qui les a poussées à atteindre un niveau d’endettement hors normes ? Les banques vont faire appel à leurs actionnaires et après ? Après, l’État viendra en renfort si les capitaux ne sont pas suffisants.


- Que vont finalement décider les Etats ? Avec quelles conséquences pour les banques réunionnaises ?

 

P.J-P : Je pense que les États n’auront pas le choix : il faudra recapitaliser. Nous sommes dans une économie de marché et quand ça va mal, l’Etat intervient. Seulement là, il faudra être plus ferme, pour que dans deux ans on n’en soit pas au même point. Il nous faut une Europe forte. Je suis européen à 100%, j’ai soutenu la monnaie unique et je pense qu’il est temps d’instaurer une politique fiscale et budgétaire commune. Peut-être cette crise va-t-elle accélérer cette ultime étape européenne ?

À La Réunion, comme partout, si la crise s’installe, l’impact sera immédiat sur les taux d’intérêt, tant concernant les prêts immobiliers que les crédits à la consommation. Et nous n’avons pas besoin de cette crise, pas plus à La Réunion qu’ailleurs.

O.H : Si les États recapitalisent leurs banques, le mal ne sera pas traité. Pour guérir, il faut diagnostiquer la maladie, s’attaquer aux causes de la crise. Il faudrait ralentir la course à l’endettement des États et retrouver un équilibre budgétaire. Cela induirait un ralentissement de l’économie, l’augmentation du chômage, des impôts… Pas très populaire comme politique. Cependant, aller droit dans le mur nous permettrait, peut-être, d’assainir le système et de déboucher sur un nouveau modèle économique ! Je pense qu’il faut changer de paradigme et seule une crise majeure nous y contraindrait.

 Les banques réunionnaises sont des filiales des grands groupes nationaux. Les conséquences ici seraient donc similaires avec, peut-être, un risque plus fort sur le plan économique. La Réunion est un petit marché, très cloisonné et plus le crédit est freiné, plus le risque social est amplifié.

Entretien : Agnès FARRUGIA

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Published by futurs.journalistes.974 - dans Interviews
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